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TARZAN EN TERRE SAINTE


Des années 30 aux années 70, le nom de Tarzan était célèbre en terre d'Israël, bien devant les héros de l'époque, comme les cow-boys Buck Jones et Tom Mix, l'astronaute Flash Gordon ou le super-héros Captain Marvel, qui tous vivaient des aventures originales en hébreu, bien qu'ils fussent loin du nombre et de la longévité des histoires de Tarzan qui comptent plus de mille récits originaux.

TARZAN LE JUIF

Une des principales raisons du succès du personnage en terre d'Israël était la conviction très largement répandue que Weissmuller était Juif, que l'on peut remonter aux articles de journaux qui reportaient son judaïsme comme un " fait avéré ", bien qu'il fût en fait catholique.
Cette croyance se renforça après que les Nazis aient interdit certains des films en Allemagne.
Résultat : même aujourd'hui, les gens en Israël croient en sa judaïté.
 
Dans les années 30, quand le sionisme était à la recherche d'un modèle convenable de " nouveau Juif ", fort et proche de la nature (l'opposé complet de l'image citadine habituelle), Tarzan, joué par un Weissmuller présumé Juif, semblait un choix parfait. Son visage apparut sur les posters de propagande sioniste comme le visage du sabra idéal.
(sabra = natif d'Israël)
 
Le célèbre écrivain israélien Amos Oz (lui-même un fervent admirateur de Tarzan dans sa jeunesse) écrivait : " Nos parents étaient très fiers que Johnny Weissmuller, le véritable Tarzan, soit un Juif " et seul Weissmuller était considéré comme le " véritable " Tarzan. Tous les autres acteurs, aussi bien que le personnage des romans indubitablement britannique, étaient considérés comme non authentiques.
Pour eux, cela faisait partie d'un véritable besoin, un nouveau genre de Juif fort, un " Macchabée " ressuscité. Oz ajoutait : " Pour nous, Tarzan était un Juif car il combattait toujours "seul contre tous " et parce qu'il était intelligent et rusé et ses ennemis stupides ".
 
Divers professeurs et mouvements présentaient uniquement le Tarzan de Weissmuller comme un modèle pour les enfants, espérant leur faire apprécier la vie difficile de la vie en plein air par son exemple. Et ils y parvinrent, comme le montrent les souvenirs des gens qui vivaient à cette période. D'une façon très concrète, le personnage de Tarzan influença toute une génération d'enfants en Israël.
 
En résultat de l'extraordinaire popularité des films et du personnage, les onze premiers livres furent traduits en hébreu dans les années 30 et 40, même si de telles œuvres " médiocres " étaient ordinairement critiquées par la société hébreue du moment. Mais dans le cas spécial et unique de Tarzan, il y eut une exception tacite car le personnage était considéré comme un modèle extrêmement utile. Dans un certain sens, les Sabra israéliens s'identifiaient beaucoup à Tarzan, surtout de la façon dont il était joué par Weissmuller. En fait, sa représentation de costaud amoureux de la Nature et parlant peu eut une grande influence sur eux car ils se comportaient justement de cette façon.
Les livres furent immédiatement très populaires. Cette popularité s'accrut avec le temps et d'autres livres de Burroughs dans les séries de Pellucidar et Vénus furent aussi traduits sans arriver au même succès.
 
On voyait un net parallèle entre ses combats contre les indigènes et les Arabes maléfiques en Afrique et la conquête de la Palestine " sauvage ".
Les histoires de Tarzan furent une grande source d'inspiration dans les jeux d'enfants de l'époque, et accentuèrent l'intérêt pour l'Afrique. Dans les années 40 et 50, l'intérêt fut intense et étendu.
A cette période, l'auteur israélien Igal Mosinzon écrivit ce qui allait devenir la plus célèbre et plus populaire série d'aventures pour enfants, à savoir Chamsamna. Il s'agissait d'histoires sur un groupe d'enfants héroïques, écrites sciemment pour contrer l'influence " néfaste " de Tarzan, ce que confirma l'auteur à plusieurs reprises. Les personnages affirmaient que ce serait mieux pour la nation si les enfants lisaient leurs propres aventures plutôt que celles de Tarzan !
 
Mais tout cela ne servit à rien. Les traductions de Tarzan continuèrent à être extrêmement populaires. Le besoin de nouvelles histoires fut si grand que certains éditeurs hébreux commencèrent à les fournir eux-mêmes, et cette nouvelle série fut immédiatement très populaire.
Le pic de cette popularité fut 1954-1964 avec une extrême en 1960-61. Il y avait dix séries Tarzan en compétition, toutes originales et toutes sans l'accord de l'éditeur américain.

TARZAN LE CANANEEN

Les premières histoires hébreu originales de Tarzan apparurent dès 1939, censées être écrites par une femme appelée " Sulamit Efrony ". En fait il s'agissait de l'œuvre d'un écrivain appelé David Karsik.
Ces premières histoires faisaient partie d'une série plus vaste sur les aventures d'un frère et d'une sœur explorant l'Afrique. Dans l'une des histoires, Tarzan Anokem (La revanche de Tarzan), ils rencontrent Tarzan qui se révèle être le fils d'une star de cinéma qui s'était perdue dans la jungle dans une précédente aventure. Tarzan aide les explorateurs contre des Arabes et les habitants d'une cité perdue et finit par tomber amoureux d'une femme appelée Helen. L'histoire était dans son essence une copie des scénarios des films Weissmuller mais tenait la route. L'éditeur (Kersik) promit une suite des aventures de Tarzan, Helen et de leurs enfants mais elle ne fut jamais faite.

Ces premières histoires hébreu de 1939 ne furent pas oubliées. Un des derniers récits originaux des années 60 se réfère à ces personnages et aux événements vécus, dans ce qui était probablement un hommage à des souvenirs d'enfance.
Différents éditeurs oeuvrèrent entre 1953 et 1964. Une compagnie, Defus M.L.N., prit le nom d'animaux de la jungle comme Karnaf (rhinocéros) ou Namer (léopard). Ces compagnies, de même que plusieurs autres, publièrent plusieurs centaines d'histoires de Tarzan originales, généralement des numéros de 32 pages sur un rythme hebdomadaire.

Les premières histoires de ce type, publiées par Karnaf, furent celles qui durèrent le plus longtemps. Karnaf fut le plus prolifique des éditeurs. Au total, il publia sept séries de Tarzan différentes sous trois noms avec un nombre total de 665 numéros.
Le créateur et l'éditeur des premières histoires, Aharon Amir, est devenu depuis, bien connu de la scène littéraire israélienne. Il est aujourd'hui considéré comme un des meilleurs éditeurs et traducteurs qu'Israël ait jamais connu. Il faisait partie de ce mouvement artistique et littéraire très particulier et influent appelé " les Cananéens ".

Ceux-ci étaient des poètes, des écrivains et des artistes qui croyaient qu'en Israël devrait se développer un type radicalement différent de Juif, un " Hébreu ", qui reviendrait aux sources, aux forts individus prémonothéistes du lointain passé et qui devrait être aussi différents que possible des " faibles " Juifs religieux de la diaspora, proches de la terre et de la nature. Ils essayaient également d'être aussi loin de la religion que possible. Leur influence est toujours visible aujourd'hui dans les cercles anti-religieux en Israël. Leur symbole le plus fabuleux était une statue appelée " Nemrod " d'après le chasseur biblique, une figure " tarzanesque " puisqu'il s'agit d'un chasseur nu (même aujourd'hui c'est la plus célèbre et la plus controversée statue jamais créée en Israël, bien qu'elle remonte aussi loin que 1939).
 
Sans surprise, la plupart des histoires de Tarzan furent écrites par des gens du mouvement cananéen. L'un d'eux était Amos Keinan qui est aujourd'hui bien connu comme écrivain et journaliste et à qui on doit entre autres le plus célèbre roman de science-fiction en hébreu : Aderech Lein Harod (La route d'Ein Harod). Ce roman a aussi été porté au cinéma avec Alexandre Musulini et traduit en anglais. Parmi les autres on trouvait Yesayau Levit, Chaim Gibori et bien d'autres. Ils utilisaient le nom de plume " Yovav " (choisi par Amir pour personnaliser le nativisme hébreu). Dans ces histoires, Tarzan apparaissait comme une personne pleine de vitalité proche de la nature et des animaux. Exactement comme les " Cananéens " voulaient voir les sabra israéliens. Comme Tarzan était considéré un Israélien " vrai de vrai " les histoires n'étaient même pas présentées comme une traduction mais comme l'œuvre d'un simple écrivain israélien, Yovav.

Plus tard, quand Amir quitta Tarzan pour éditer le plus important magazine de l'époque, "Keshet " (où il découvrit plusieurs des écrivains importants d'aujourd'hui, comme Amos Oz), Tarzan devint un personnage qui avait plusieurs livres dans sa maison de la jungle et savait de nombreuses choses - même le latin ! Mais ce n'était pas ainsi qu'il était présenté dans les premières années.
 
TARZAN L'HEBREU
Dans les dernières années, la qualité des histoires de Karnaf chuta rapidement. Plusieurs constituaient un plagiat de divers westerns ou récits policiers où le nom du héros était simplement changé en Tarzan. Mais ces histoires remportaient énormément de succès et, bientôt, d'autres éditeurs concurrents firent leur apparition.
La meilleure des histoires fut Apil publiée par Ezra Narkis.

 

 

Près de deux cents numéros furent écrits par le même écrivain anonyme, Miron Uriel. Ses histoires étaient peut-être les meilleurs Tarzan israéliens. Elles étaient bien plus longues que les autres et il fallait au moins deux ou trois numéros pour conclure une histoire. Celles-ci étaient pleines de suspense et beaucoup étaient de véritables histoires d'horreur où Tarzan combattait des personnages horribles comme des momies vivantes, des monstres de Frankenstein, des comtes Dracula et même un tueur fou analogue à Hannibal Lecter. Apil créa aussi une nouvelle forme d'histoires de Tarzan, à épisodes, ou un long récit qui se poursuivait de numéro en numéro - trente dans un cas - aussi bien que des séries spéciales sur les aventures du fils de Tarzan, Boy.
 
Il y eut aussi d'autres éditeurs, comme Ramdor qui publia une série de 32 numéros. Bien que ce ne soient pas les meilleurs, la plupart disposaient des meilleures couvertures, certaines reprenant Manning et Marsh et d'autres originales de Dickshtein. La plupart des autres éditeurs, hélas, préféraient utiliser des photos de Weissmuller & Co.
En tout, plus de mille numéros sur dix-huit séries furent publiés par les différents éditeurs en compétition. Leur succès fut si grand qu'un procès eut lieu entre les divers éditeurs non autorisés, Karnaf essayant d'interdire à son grand rival Apil de publier des histoires sur Tarzan parce qu'ils l'avaient fait en premier ! La cour d'Israël, toutefois, ne le vit pas ainsi et permit à Apil de poursuivre ses publications. Les éditeurs originaux américains ne virent pas passer un dollar. Ils ne semblaient pas être au courant sinon ils auraient attaqué, comme ils l'ont fait en Angleterre et en Inde.

A la fin des années 50 et le début des années 60, en particulier 1960-1962, Tarzan devint presque une obsession nationale en Israël, avec de nombreuses blagues, des chansons célèbres et des caricatures. Il y eut des manifestations organisées par l'éditeur de Karnaf et les fans où ils allaient vivre en forêt comme Tarzan - un peu à la manière des jeux de rôle grandeur nature d'aujourd'hui. Il y eut même une série de livres sur les aventures des fans de Tarzan ! Cette série, qui fut publiée par Karnaf, fut écrite en réaction à la série à succès de Chasamba de Mobinson qui attaquait les histoires de Tarzan et leurs lecteurs. Dans ces histoires, on expliquait que les enfants qui lisaient Tarzan étaient les meilleurs et avaient de plus grandes aventures que ceux qui ne lisaient pas ou ne lisaient que Chasamba.
 
Il y eut aussi plusieurs bandes dessinées originales par Dany Planet qui reprit les origines de Tarzan et écrivit une histoire dans laquelle Tarzan combattait des esclavagistes arabes. Il y avait aussi des histoires d'Asher Dickshtein, le meilleur artiste israélien des années 60, aussi bien que le plus prolifique, qui fit de nombreuses couvertures et illustrations pour divers éditeurs. Dickshtein dessina aussi la B.D. définitive de Tarzan en hébreu, Tarzan Bemar-tef Aeimim (Tarzan et le monde de l'horreur), dans lequel Tarzan découvre une cité perdue de Vikings en Afrique et descend dans un horrible monde souterrain. Cette histoire demeura toutefois inachevée suite à la suspension du magazine en 1965.Aussi les lecteurs furent laissés en plein suspense, ignorant si Tarzan avait survécu à son périlleux voyage. Dickshtein était sans doute le meilleur artiste de Tarzan en Israël, aussi bien que le plus prolifique.
 
Il y eut aussi des Tarzan juvéniles comme Abalashim Azhirin Vetarzan Porzim Lemifraz (Les jeunes détectives et Tarzan attaquent le golf de Salomon) écrit par le célèbre et prolifique écrivain pour enfants Avner Carmeli (un nom de plume de Shraga Gafni, un autre membre du mouvement cananéen qui créa aussi la longue série du plus célèbre héros pour enfants Dani Din the invesible boy qui dure depuis 1961). Dans cette série, Tarzan aide un groupe d'enfants israéliens héroïques, " les jeunes détectives " à combattre des négriers saoudiens, des espions arabes et de diaboliques Égyptiens qui font un film sur la vie de Tarzan pour couvrir leur viles activités. A la fin, Tarzan vient visiter Israël avec sa fiancée.
 
Un autre livre, Tarzan Vetalumat (Tarzan et le mystère de l'atome), fut écrit par un des plus célèbres écrivains et poètes, Pinchas Sade. Ce livre parut à l'origine dans les numéros de 1960 du magazine pour enfants Aaretz Shelanu. Dans ce magazine apparurent au même moment des bandes dessinées sur Tarzan, ce qui prouve à quel point le Seigneur de la Jungle était alors populaire. Dans l'histoire d'Amazya, Tarzan arrête un complot pour conquérir le monde.

Il existait un grand intérêt pour l'Afrique. Israël essayait d'établir des relations avec des nations émergentes et envoyait des médecins et des instituteurs. D'une certaine façon, les onze histoires originelles de Tarzan et son personnage symbolisent son intérêt pour l'Afrique bien que l'Afrique dans les histoires, était essentiellement coloniale et dirigée par les Britanniques. Cependant, les histoires qui suivirent présentèrent Tarzan aidant les combattants noirs dans des endroits comme le Biafra, une nation qu'Israël aida effectivement.
Les Israéliens s'identifièrent à Tarzan de nombreuses façons : l'homme civilisé qui apportait la culture et la liberté aux sauvages et faisant en même temps obstacle aux diaboliques Nazis et Arabes.
 
TARZAN DANS LA SCIENCE-FICTION

Les sujets étaient nombreux et variés. Au début, il s'agissait d'adaptations des comic-books de DELL mais très vite les récits devinrent originaux. Ils s'inspirèrent peu des romans d'Edgar Rice Burroughs bien que ceux-ci furent connus.

Le seul personnage restant des romans originaux était Jane qui demeura un personnage mineur dont le seul rôle était de servir de " figure maternelle ". D'un autre côté, les personnages des films - Chita la guenon et en particulier Boy - apparaissaient souvent et Boy eut l'honneur de deux séries différentes publiées par Apil. Toutefois, le personnage de Tarzan était éloigné de Johnny Weissmuller et ressemblait plutôt à Gordon Scott, un homme musclé accomplissant différentes missions pour le gouvernement britannique en Afrique.

De façon intéressante, le sujet d'au moins un quart des histoires de Tarzan relevait de la science-fiction. Tarzan combattit de très nombreuses invasions de l'espace et fut même sacré chevalier par la reine d'Angleterre. Il alla à plusieurs reprises sur d'autres planètes et constata parfois qu'il était connu là-bas parce que les autochtones lisaient ses aventures !
Il voyagea aussi dans le temps, tant dans le passé que dans l'avenir. Il alla au temps des dinosaures, à l'âge des caverne où il découvrit qu'ils parlaient le langage des Grands Singes de son époque et à l'époque de César. Il alla dans l'avenir, proche et lointain. Il fut enlevé dans le futur presque dépeuplé de 2089 dans une histoire d'Uriel.
Et il alla dans le lointain futur de 3958 où il découvrit un monde peuplé de dangereux mutants vagabonds, incluant une cité mécanique. Ces récits précédaient de nombreuses années les livres de Philip José Farmer sur un Tarzan voyageant dans le temps.

Dans ces histoires, Tarzan était présenté comme une sorte de superagent, expert mondial numéro un en monstres et aliens. C'était Tarzan que le gouvernement appelait toujours quand le monde faisait face à un inexplicable danger, tels une momie indestructible, des fourmis géantes, Godzilla, un squelette vivant ou une armée de vampires. Ce furent peut-être les premières véritables histoires de S.F. écrites en Israël. Tarzan devint un personnage fantastique sans aucun rapport avec le personnage original. Ceci montre l'intérêt pour les sujets S.F. en Israël à l'époque. Comme ce genre était considéré comme trop frivole, les histoires de Tarzan étaient presque le seul support pour cette sorte de distraction imaginative.
Dans les histoires de l'éditeur Apil on trouvait une formule régulière : une terrible menace apparaît devant laquelle toutes les armes modernes se révèlent inefficaces. En dernier ressort les autorités en appellent à l'arme ultime de l'humanité : Tarzan. L'homme-singe part avec son couteau pour affronter la menace et y met fin à la dernière minute avec l'aide des bêtes de la jungle ou quelque connaissance ésotérique - comme des fleurs à effet destructeur - et par des ruses très intelligentes, prouvant à nouveau que l'esprit et la volonté humaine seront toujours supérieurs à la technologie.

Quelques Tarzan israéliens décrivent des rencontres avec des personnages célèbres comme Dracula, Fu Manchu ou le docteur Jekyll et Mr. Hyde. Un des favoris était l'astronaute Flash Gordon qui vécut de nombreuses aventures avec Tarzan et Boy à la fois dans l'espace et sur Terre où, dans une aventure en trois épisodes, ils arrêtent une invasion de robots venus de Mars. Dans la série avec Boy, Flash et lui aident à détruire une armada extraterrestre qui menace la Terre après avoir détruit Vénus !
Un autre favori était le super-héros Captain Marvel qui avait sa propre série (en B.D.), en dehors de ses nombreuses collaborations avec Tarzan et Boy. Tarzan rencontra même des imitations de lui-même, comme Kaspa, Shena ou Zimbo qui apparaissait dans des films indiens à l'époque.
 
TARZAN LE SIONISTE

II y eut quelques histoires de Tarzan dans lesquelles il aidait le gouvernement israélien. A un moment, il aide l'immigration juive illégale en Palestine au temps du mandat britannique, ce qui lui vaut d'être jeté en prison par ses camarades britanniques. A une autre occasion, il brise à mains nues le blocus égyptien autour d'Israël à Suez, tuant de nombreux soldats égyptiens ou il détruit la perfide machine soviétique avec laquelle le leader arabe Nasser menace de détruire Israël. Il aide des agents du Mossad à attraper un criminel nazi à Moscou.
Dans l'histoire " Tarzan et les dix tribus " il découvre la preuve de l'existence d'un empire hébreu en Afrique qui y existe depuis Salomon.
D'autres fois, il arrête divers plans égyptiens qui tentent, aidés par les Nazis, de conquérir l'Afrique et le monde. Dans un livre de Carmeli, il arrête même un complot égyptien, visant à tourner un film sur lui où il est présenté comme pro-Arabe ! Dans cette histoire, il est venu visiter Israël et a décidé que l'endroit lui plaisait tant qu'il allait s'y installer.
 
TARZAN L'ARABE
 
Au moment où des histoires paraissaient dans lesquelles Tarzan tuait des agents égyptiens, des négriers saoudiens et des Arabes en général en Afrique, il y eut des séries non autorisées similaires dans les pays arabes de Syrie et du Liban dans lesquelles les ennemis de Tarzan étaient juifs.
Dans les pays arabes, Tarzan était aussi populaire qu'en Israël. Les premiers récits originaux apparurent comme des séries illustrées au Liban dans les années 30, juste au moment où les histoires d'Efroni paraissaient en Israël. Des histoires similaires apparurent à Beyrouth dans au moins deux séries de Tarzan supplémentaires. L'une d'elles était une série de B.D. dont parurent une quarantaine de numéros, écrite par Faris Daher, un professeur de l'académie des sciences à Beyrouth.
Une autre série de vingt numéros parut à Damas . L'auteur est particuliérement intéressant. Son nom est Rabki Camal et il était connu des auditeurs de la radio israélienne dans les années 60 comme le porte-parole syrien de la Voix de Damas qui était en hébreu. Il était bien connu pour sa sauvage propagande contre Israël. Dans sa jeunesse, Camal apprit l'hébreu à Jérusalem et ce fut là qu'il rencontra (avant la création d'Israël) les gens du Mouvement Cananéen aux idées desquelles il s'intéressa un moment. Il rencontra plusieurs de ces personnes, comme Yesayau Levit, qui écrirait plus tard des histoires de Tarzan pour Karnaf. Par quelque étrange coïncidence, quand Camal devint la Voix de Damas et expert en affaires israéliennes à cause de sa connaissance de l'hébreu. Levit servit dans l'armée israélienne comme expert en radio sur les affaires arabes à cause de son expertise en arabe. Et tous deux écrivirent des Tarzan pour compléter leurs revenus.
Il est probable que Camal, l'expert en affaires israéliennes, connaissait trés bien le Tarzan israélien et qu'il en avait lu certains. Il est possible qu'il écrivit ses propres histoires comme contre-propagande aux histoires israéliennes dans lesquelles Tarzan aidait le sionisme. Dans ces histoires, Tarzan était présenté comme aidant les Palestiniens et combattant les méchants Juifs et leurs tentatives d'obtenir la domination mondiale. Inutile de dire qu'Edgar Rice Burroughs Inc. n'était pas au courant.
Ces histoires eurent beaucoup de succés et furent colportées dans le monde arabe de l'Egypte au Yémen, donnant aux lecteurs arabes le bon sentiment patriotique que Tarzan était de leur côté contre Israël.
Tout ce succés n'aida cependant pas Camal qui fut accusé dans un des soulèvements politiques syriens d'être " pro Israélien " puis exécuté.
 
TARZAN L'ISRAELIEN
La grande popularité de Tarzan en Israël incita certains à une réponse sioniste religieuse à ce héros qui était après tout un Gentil britannique, bien que les Israéliens préféraient l'ignorer. Une telle réponse apparut en 1960-61 dans une série intitulée "Dan-Tarzan, le Tarzan israélien". Elle fut écrite par Amnon Shepak et plus tard par le journaliste religieux Zeev Galili. Galili avait lu les Tarzan de Karnaf et décida en réponse d'écrire ses propres Tarzan avec un message de droite nationaliste.
Dan-Tarzan est un garçon israélien dont l'avion s'est écrasé dans la jungle africaine. Il est élevé par la petite-fille de Kala, la guenon qui a autrefois élevé Tarzan. Il comprend son langage grâce à sa lecture préalable des romans Tarzan !

 

 

 

Dan-Tarzan devient un nouveau Tarzan qui, selon ces histoires, est mort de nombreuses années plus tôt. Il arrive finalement en Israël où il travaille comme agent du Mossad. Il attrape même Adolf Eichmann et l'amène en Israël - une histoire qui entraîna de nombreux commentaires dans la presse à l'époque.
D'autres histoires de cette série étaient aussi fantastiques que les véritables séries Tarzan hébreu, décrivant des voyages sur une autre planète, sa guerre contre des envahisseurs de l'espace, sa découverte d'une cité perdue des anciens guerriers hébreux sur la mer Morte, sauvant le monde d'une monstrueuse civilisation souterraine et combattant un surhomme qui pouvait contrôler les gens comme des marionnettes.
En août 1999, Galili écrivit tristement qu'il lui semblait que la guerre pour les esprits de la jeunesse avait été gagnée par les Tarzan d'Amir et Keinan plutôt que par son propre Dan Tarzan "patriotique". "Si Dan Tarzan avait vécu aujourd'hui" écrit-il, "il aurait été rejeté par le Mossad. Les gens auraient dit de lui qu'il est démodé, qu'il croit toujours dans cette cieille idéologie sioniste et qu'il ne peut pas comprendre qu'un état palestinien doit être construit."
 
 
La popularité de Tarzan en Israël déclina dans les années 70. De nouveaux numéros continuèrent à paraître mais il s'agissait de traductions de comics américains et de livres de Burroughs. Il n'y eut plus de nouvelle histoire israélienne. Puis, dans les années 80, même la bande dessinée Tarzan finit par cesser de paraître.
Il y eut un effort nostalgique de réimprimer les vieilles histoires de Karnaf en 1988 mais en dépit de beaucoup de publicité, la série échoua et seuls dix numéros sortirent. Les histoires n'intéressaient pas la nouvelle génération.
Cependant le personnage de Tarzan n'était pas oublié.
Quand la santé de Weissmuller déclina dans les années 80, il y eut un regain d'intérêt en Israël. Les journaux écrivirent sur lui avec nostalgie comme le symbole d'une période révolue - non seulement Hollywood mais aussi Israël. Probablement qu'aucun autre déclin d'acteur n'intéressa autant Israël que celui de Weissmuller.
Après sa mort, plusieurs œuvres littéraires, histoires et même des poèmes apparurent, basés sur la " chute " du Tarzan/Weissmuller autrefois si grand. C'était en fait un message tout à fait clair sur la chute correspondante de la culture " sabra " autrefois dominante dont Weissmuller était un des symboles. Le meilleur de ces ouvrages, qui est aussi un hommage aux anciens Tarzan israéliens, est celui de Yaacove Shavit, un célèbre historien bien connu pour son histoire du mouvement cananéen. Ces histoires ont été aussi traduites en anglais.
Sipur masa leavi et Johnny Weissmuller leafrica (Pour amener Johnny Weissmuller en Afrique, 1992) est l'histoire de trois vieux Israéliens et d'anciens fans des Tarzan israéliens. Ils sont en mission spéciale pour enlever le vieux Weissmuller d'un hospice dégradant et le ramener dans sa véritable maison, l'Afrique, pour qu'il meure dignement. La mission réussit et l'histoire se termine avec Weissmuller mourant comme il le devait, en tant que roi de la jungle en Afrique et non comme un invalide sénile.

L'intérêt dans Tarzan et l'habilité du personnage à provoquer continue de nos jours. Quand le film de Disney sortit en Israël en septembre 1999 et que le pays fut couvert d'affiches du film, il y eut un scandale quand des groupes ultra-religieux demandèrent à ce qu'on les enlève en raison de la nudité de Tarzan ! Ces cercles expliquèrent qu'ils s'opposaient au personnage de Tarzan en général car il représentait la croyance en la propre puissance physique de l'homme.
Il faut garder à l'esprit que le chef des cercles anti-religieux en Israël est habituellement issu de l'ancien mouvement cananéen qui, comme nous l'avons vu, a toujours été étroitement lié au personnage de Tarzan.
Il y eut une fois un scandale dans une Yeshiva religieuse quand le chef de l'institution interdit à ses élèves de lire des histoires de Tarzan. Le scandale moderne sur les affiches du Disney incita les mouvements laïcs à afficher plusieurs images de Tarzan en vêtements modernes y compris une où il portait le costume des Juifs ultra-orthodoxes !
Manifestement, Tarzan continue à être un symbole important en Israël.

Cet article apparaît dans une version largement plus étendue dans mon histoire de la littérature populaire israélienne : Metarzan vead Zbeng (De Tarzan à Zbeng), qui est devenu un best-seller en Israël. Ce livre m'a aussi permis d'être cité "écrivain de l'année " par le principal journal israélien, Maariv.
Le livre a engendré beaucoup de discussions entre des critiques majeurs, et un des sujets les plus discutés est Tarzan et son grande importance pour la jeune culture israélienne.Ce travail a été un plaisir alors qu'au fil du temps je découvrais de nouvelles influences sur la culture israélienne dans les voies les plus surprenantes. Et j'ai découvert à quel point l' industrie autour de l'homme-singe était importante et que le personnage de Tarzan affectait profondément la psyché israélienne.
 
Eli Eshed
Nota : N'ayant pas réussi à joindre l'auteur, les droits sont réservés.

 
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