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ORAN RIGOLE - Deuxième acte et fin

Voir le 1er acte

DEUXIEME ACTE

1 - Patrouille d'agents
Air du coeur et de la main


Dormez en paix
Bons Oranais
Voici la fidèle patrouille
Qui par tous les temps se dégrouille
Dans la nuit noire, notre œil fouille
Bons Oranais
Dormez en paix
Bien qu'ayant la poigne solide
Si l'on dédaignait le liquide
Ce métier-là, pour le moins exigeant
Serait décourageant
Agents (bis)
Des banquiers jusqu'aux indigents
Peuvent dormir, grâce aux agents
Soyez-leur indulgents
Les bons agents en font assez pour leur argent
 

2 - Choeur des Cireurs
Air : Un bal chez le ministre
 

Enfants du Village-Nègre
Le pied vif, le cœur allègre
Nous sommes les chevaliers
De la brosse et du soulier
Quand nous quittons nos demeures
Nous occupant peu des heures
Nous faisons les boulevards
Narquois et bavards
Les agents
Indulgents
A l'air paterne
Vont flânant
Nous suivant
D'un regard terne
Les brod'quins
Des pékins
Nous brossons ferme
Et portons
Aux gotons
Les lettres des mectons
Nous ignorons les besoins de la vie
Et roupillons au soleil
Insouciants du réveil
Puis quand nous avons la panse garnie
Quand la police est partie
Nous f'sons une partie
Ah ! Les joyeux fricoteurs
Que les décrotteurs
 

3 - Chanson d'Oran la nuit
Musique de Talaza
 


Oran qui si tôt se réveille
Oran galant, Oran bavard
En revanche, s'endort si tard
Que sur notre grand boulevard
La nuit est à l'aube pareille
De rue en rue
La foule accrue
Citadines et citadins
Tout doucement, femmes, gandins
Font sans potin, tant de potins
Qu'elle est d'avance parcourue
Notre gazette des matins
Jusqu'à que la force manque
On palanque et l'on repalanque
On se cherche, on se suit
On se fuit
C'est Oran la nuit !
Mais joignant le grave au folâtre
La gent sage, reste idolâtre
Des choses d'art et de théâtre
Et le bon goût, car l'on en a
Fait salle comble à Bastrana
À peine a-t-on fermé les portes
De leurs petits pas de cloportes
Maintes bourgeoises et maints bourgeois
Bourgeoisement gagnent leurs toits
Loin de la foule
Qui coule et roule
Pas étouffés
Aux grands cafés
Mais il faut qu'on s'aime et qu'on rie
Amis de la galanterie
Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid
De brasserie en brasserie
Les noctambules vont tout droit

Mais que l'homme aux vices est enclin
Tous les cercles battent leur plein
Démontrant jusqu'à l'évidence
Qu'il existe une providence
Pour certain nombres de maris
Qui seraient confus et surpris
Si l'on v'nait soudain leur apprendre
Que seule ayant le cœur fort tendre
Madame admet un amoureux
Ou deux
Dans son petit cercle vicieux

Mais si je voulais tout décrire
Que de pleurs parmi tous ces rires
La nuit hélas ! semble sans fin
Pour les gueux et les meurt-de-faim

Comédie étrange
Jusqu'au jour qui luit
Jamais rien ne change
C'est Oran la nuit
 

4 - La Politique
Air nouveau de Verdier
 


La politique mène à tout
A la galette moins qu'aux déboires
Elle nous conduit un peu partout
Même aux pots d'vins qu'elle vous fait boire
Mais toute gloire a son revers
Si vous trempez dans une affaire
Un peu sale, vous êtes découvert
Alors votre affaire est bien claire

Chez Saint-Arnaud
Que vous soyiez bête ou finaud
Ou l'on vous conduit tout penaud
Chez Saint-Arnaud

La politique a de l'aplomb
Vous y menez un train de diable
Par ses flatteries elle fond
La foi la plus inébranlable
Quand vous êtes embobinés
Elle vous lâche, la coquine
Alors adieu les bons dîners
Vous allez manger la cuisine
 

5 - L'Armée roulante
 


Sacrebleu ! Quand on fait un ch'min
C'est-y pas pour qu'tout l'monde y passe ?
F'sons nous partie du genre humain ?
Et bien alors ! À nous l'espace
On s'lève trop tôt, on s'couche trop tard
Chaque soir l'troquet mange notre rente
Est-ce qu'on n'devrait pas plus d'égards
Aux soldats de l'armée roulante

Y a du travail
C'est un détail
Braillant, hurlant, daubant sur l'pante
Nous faisons le scrutin
V'la les copains
Les vrais frangins d'l'armée roulante

N'y a qu'une période, en vérité
Où prenant notre revanche morale
On s'voit enfin chouettement traités
C'est la période électorale
L'jour où l'on vote, à nous l'pompon
On boit sec, l'candidat éclaire
Il passe.. ou n'passe pas, c'est selon
Ça coûte gros de s'rendre populaire

L'soir venu, flanchant, titubant
Mais fier de soi-même, mille tonnerres
On s'échoue enfin sur un banc
Où l'on rêve comme des millionnaires
On s'voit à son tour député
Ou conseiller, mais c'est rien drôle
L'coup du réveil précipité
Deux flics qui vous flanquent à la geôle
 

6 - Le Photo-Club
Air : Il faut voir la lune
 


Nos clubs en toutes villes
Ont des membres habiles
Avenants et bien nés
D'instincts très raffinés
L'art est notre apanage
C'est l'art que l'on propage
Du palais aux égouts
Y'en a pour tous les goûts

Tout Oran défile
Sans cabinet noir
Je montre la ville
Comme en un miroir
Sous mon doigt habile
Reconnaissez-là
Qui veut voir la ville
La ville, la ville
Qui veut voir la ville
Voilà

Mon cinématographe
Où nul fil ne s'agrafe
Ici comme alentour
C'est le seul cri du jour
Nul truc, nul mécanisme
Ni lentille, ni prisme
Telle est l'invention
Bougeons plus… attention
Aujourd'hui qui se fie
À la photographie
Aux rayons x cachés
Sous nos sournois clichés
Sans réflecteur, ni toile
Mon appareil dévoile
La vie en pleine action
Bougeons plus.. Attention
 

7 - Sextuor des Quartiers
Musique de M. Claudius
 


La femme du quartier des Chasseurs
Sait que nos frères troubad's sont noceurs
Et devant un brillant uniforme
Elle ne résiste que pour la forme

Ah l'beau quartier ! Malheureusement
Ça sent… Ça sent… Ça sent… Ça sent…
J'sais pas.. Mais… c'est quèque chose
Qui ne sent pas la rose

La femme du quartier du boul'Seg'
Est de celles qui mettent les pant' à sec
Pour l'habiller faut des fortunes
Puis pour le contraire… des prunes !

La femme du quartier village Noir
Est belle à voir, surtout le soir
Elle s'y transforme en odalisque
Heureux le brave roumi qui s'y risque

La femme du quartier Malakoff
A dix heures moins l'quart se met au schloff
Ça, c'sont des femmes du vrai monde
Ya des missels dans leur profonde

La femme du quartier d'la Calère
D'un regard vous met l'cœur en l'air
Des yeux, des pieds, une poésie
On s'croirait en andalousie

La femme du quartier d'la marine
A bon cœur, bons bras, bonn' poitrine
Per la Madona ! rien à craindre
Nos brav'matelots n'sont pas à plaindre

Ensemble
Et maintenant jolis Messieurs
Ouvrez votre nez et vos yeux !
Qu'avec vous tout Oran proteste !
Une ville qui possède sans conteste
Un bouquet de fleurs comme en voilà
Devrait sentir meilleur que ça !
 

8 - L'Heure décimale
Air : C'est si gentil
 


Je ne suis point jalouse
Des heures de jadis
Elles comptaient par douze
Moi, je compte par dix
C' est l'system' des monnaies
Sur les nouveaux cadrans
On compt'ra les journées
Comme des billets de vingt francs

Qu'à mon aiguille fidèle
L'amoureux dégourdi
En attendant sa belle
Règle sa montre à midi
Le birbe à six heures trente
Viendra me consulter
Avec sa vieille toquante
Qui n'peut plus s'remonter

J'suis l'heure décimale
Qui vient partager vos loisirs
D'une façon normale
Compter vos peines et vos plaisirs
De ceci, la morale
C'est qu'l'heure hélas de vos amours
Trop vite suit toujours son cours
Vous comprenez
Même étant décimale
 

9 - Quatuor des Sports
Air : Les exercices du corps


L'Oranaise
Il faut d'l'entrainement
Pour s'faire le tempérament
Le pas assuré
Le torse cambré
A travers la ville
Gaiement l'on défile
On d'vient aussi forts qu'adroits
En pratiquant les poids
Des barres au portique
Chacun à notre plastique
Peut le voir
Le pays a de l'espoir

Le Club des Joyeusetés
Il faut, soyez maigre ou gras
Chaq'jour se refaire les bras
A grands coups d'estoc
Dans une salle ad-hoc
Après une botte
Léger l'on se trotte
C'est le tour des jambes alors
A nous les records
Après le sport pédestre
Le soir à p'tit orchestre
Vrais Mozarts
On joue aux quat's z'arts

Le Joyeux Club Cycle
Des sports c'est bien entendu
Le suis le plus répandu
C'est qu'en vérité
La vieille humanité
Restait incomplète
Sans la bicyclette
En vain, dit-on qu'on allait
S'mettre tout en mollet
Regardez ma vitrine
Non, rien pour la poitrine
Non morbleu
Rien n'vaut un bon pneu

Le Yacht-Club
Si l'on veut s'faire le pied marin
Dans le bleu fuir tout chagrin,
Et pour bien s'porter
Il faut canoter
Nos voiles, nos rames
A travers les lames
Nous donnent sans y songer
L'mépris du danger
Ferme, souple, agile
Notre corps fragile
C'est du fer
En revenant d'la mer

Ensemble final
Mais c'n'est pas seulement dans les sports
Que nous sommes forts
Mesdames, fort galants
Nous avons d'autres talents
De femme à femme on se chuchote
Que nous sommes leur marotte
Et le meilleur de nos succès
C'est qu'il pousse des Français

10 - Les Méthodistes
Air : All Right


Sous l'habit propagandiste
D'effet
Parfait
La méthode du méthodiste
Prend en Afrique tout à fait
Sans crainte du ridicule
Sans devant ni postérieur
L'apôtre va, vient, circule
Fait la ville et l'intérieur

Médicaments, parfumerie
Cold-cream
Idem
La mouquère sans autre envie
Salue de loin notre tandem
Dès qu'on a l'pied dans la tente
Le douar est bientôt converti
Puis, toute la tribu chante
Bono ! Gracious Majesty !
All right ! all right !
Il n'est tel que l'anglaise
All right ! all right !
Pour espionner à l'aise
Nous distribuons l'évangile
La poudre en petit comme en grand
Nous nous rendons à domicile
Gloire au christ ! vive l'old england !
Dansons, dansons la gigue de notre nation
Oh yes ! oh yes ! oh yes !
Nous porterons partout, c'est notre intention
La civilisation
Oh yes !

11 - Chanson de l'Alliance
Air : Fraternisons


Amis ! Reprenons confiance
Colons, artisans, travailleurs
Il suffit de notre alliance
Pour assurer des jours meilleurs
Fidèles à la même tache
De nos efforts trop dispersés
Sans défaillance et sans relâche
Formons les faisceaux du succès

Notre force s'est révélée
Car l'union peut tout dompter
La France toujours isolée
Sait aujourd'hui sur qui compter
Gardien de notre paix prospère
Un grand peuple loyal et fort
Du notre est désormais le frère
Et notre sort devient son sort

Mais en prêtant l'oreille, au loin, entendez-vous
Ce chant que l'écho fait plus doux :
Oui la Russie est là
Notre alliance
Ma chère France
Toujours vivra
Elle ne fait qu'éclore
J'en crois mes vœux
L'aurore
Des jours heureux

Marchons unis pleins d'espérance
Main dans la main vers l'avenir
C'est le mot d'ordre à retenir
Dans la joie ou dans la souffrance
Main dans la main dans l'avenir
Marchons unis, c'est pour la France !

12 - FINAL
Air des Mobiles de Strasbourg


Li
Pardon, moi je retourne en Chine
Adieu gai pays du soleil
Jamais sur la ronde machine
Je ne vis spectacle pareil
Pas d'discours, je sais ce qu'en vaut l'aune
Mais c'est bien, cendres de mes aïeux
Laissez en paix la race jaune
Et renvoyez la noire aux cieux

La Critique

Bienveillant public, pour te plaire
La revue a fait de son mieux.
Sois indulgent, sois débonnaire
Au spectacle offert à tes yeux
C'est un peu de vie oranaise
Sans la flatter, sans l'enlaidir
Et tu peux l'applaudir à l'aise
Car c'est toi-même t'applaudir
Ô France chérie
Glorieuse patrie
Les fils d'Algérie
Pleins de foi
Sous ta loi
Sont à toi

Chanson du Conseil
(air : en r'revenant d'la revue)

Mes amis, quelle drôle de séance
Que celle que nous venons de finir
On s'est moqué de la bienséance
J'y mettrai bon ordre à l'avenir
Dans un grand discours géographique
Où s'mêlait l'affreuse politique
Croyez bien, il était à voir
Du maire l'ennemi le plus noir
Mais le brave commandant
Ne desserrait pas les dents
Puis vint une foule de discussion
Sur mes égouts, les commissions
Enfin le petit Albert
Le futur Shubert
S'écrie que Bitrian
Prend l'cahier des charges en riant
Mais à présent
Je n'suis pas partisan
De cette plaisanterie, pourtant amère
Car les matins
Nous disent : pauvres orphelins
Bientôt vous n'aurez hélas plus de maire
 
Duetto de la dispute
(la fille de madame Angot)
 
Monsieur Coutures
Ah ! C'est donc vous monsieur Bédier
Faut toujours que vous m'embédiez
Le public s'demand sur ma foi
Quel est l'vrai maire de vous ou d'moi
Lancez vos sarcasmes, mon cher
Tout ça m'reste entre cuir et chair
Ou bien ça n'm'atteint pas du tout
Scrongnieu ! je m'moque de votre bagout
J'ai de la poigne, chacun l'atteste
On m'a mis là, j'y suis, j'y reste
A moins, toujours comme Mac-Mahon
A moins que j'n'fiche ma démission
Pour m'faire perdre la tête
On m'crée des embarras
Ote-toi d'là qu'j'm'y mette (ter)
Je n'me démettrai pas !

Monsieur Bédier
Non vraiment les vieux artilleurs
N'ont pas plus d'flair ici qu'ailleurs
Moi j'n'ai besoin d'aucun concours
Pour improviser mes discours
Tous les peuples, jusqu'aux incas
Ont fait grand cas des avocats
En nommant ces rhéteurs subtils
" cédant arma togae " dis'nt t'ils
En robe comme en redingote
Vous admettrez que j'vous dégote
Quoiqu'il arrive en tout ceci
J'suis blanc comme neige, dieu merci
Sans tambour ni trompette
Cédez : chacun son tour
Ote-toi d'là qu'j'm'y mette (ter)
Tel est le cri du jour !

FIN

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