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Les Voisins de mon quartier
La société de gymnastique de "LA CONCORDE"
 
 
L'histoire de ma jeunesse ne peut pas se dissocier de celle d'Oran.
Mon caractère, mon éducation ont été formés par mes parents, bien sûr, mais aussi par ma ville natale. Je pourrais dire "par le pays" mais pendant toute mon enfance je ne connaissais rien de ce pays à part son nom.
C'est une histoire qui s'est infiltrée par la peau avec le vent et le soleil, par les yeux avec le ciel bleu et les étoiles, par l'odorat avec l'air de la mer et l'odeur des arbres, par les oreilles avec l'accent pied-noir, les excès de langage, les cigales, les grillons, par le goût avec l'alimentation méditerranéenne, par le toucher avec le sable, la terre, la mer et tout le reste.
C'est mon histoire. Elle peut ressembler à celle d'un autre, mais elle reflète ce que j'ai ressenti et personne ne pourra dire " non, ce n'était pas comme cela !". Pour moi, c'était comme cela !
Et je peux dire comme Albert Camus : " Tout l'amour dont je suis capable, je l'ai donné à ce lieu intemporel et aujourd'hui je reste les mains vides... "

LE PAYSAGE

L'immeuble que nous habitions faisait le coin de la rue d'Ulm et de la rue de Friedland, dans le quartier derrière le théâtre. Il surplombait la baie du port et au delà de la cuvette de la ville basse - les bas-quartiers -, faisait face à la montagne couronnée par le fort de Santa-Cruz.

Les immeubles s'étageaient parallèlement en descendant et de notre troisième étage nous dominions la terrasse de la maison d'en face, ce qui fait que si on lançait un petit caillou par dessus cette terrasse, il tombait dans la rue suivante qui était la rue de l'Aqueduc. En le lançant assez fort, on arrivait même à passer une rue de plus et à l'envoyer rue des Jardins.

Ces maisons avaient la particularité de posséder deux adresses - et deux entrées -, l'une dans la rue basse où l'on entrait normalement au rez-de-chaussée, l'autre dans la rue haute où l'on aboutissait directement au 2ème ou au 3ème étage selon la différence de niveau.

Toute une série d'escaliers, larges ou étroits, mais en tout cas, tous pittoresques, tranchaient ces immeubles pour permettre d'accéder à ces rues parallèles, sans faire tout le tour du quartier. Ces escaliers étaient nos lieux de jeux et de promenades privilégiés. (à cause des rampes, bien entendu).

 
Escalier au bas de la rue de Wagram qui donne sur la rue des Jardins. En bas de l'escalier à droite, on accède à la rue d'Aqueduc. L'escalier qui monte à gauche, c'est la rue de Bautzen. Au coin à gauche, c'était l'épicerie "Chez Riri" où l'on achetait la bière de table qui était la boisson la plus courante compte tenu de son prix. Je rappelle que l'eau n'a été potable que très tard.
Dessins E. Attias
 
Escalier dit "Lambert", rue de Suez, qui relie (euh... reliait) la rue de Wagram et la rue d'Aqueduc. Les rampes n'étaient pas "arquées" à l'origine. Ce sont les gamins (je plaide coupable) qui en se mettant entre les barres arrivaient à les tordre.
 

 

Voici la rue de Wagram, tout à fait en bas juste avant les escaliers que l'on voit sur le croquis ci-dessus. La première rue transversale où l'on aperçoit des personnes est la rue d'Ulm, celle où j'habitais. Cette portion de rue (la photo date de mai 2005, mais essayez d'imaginer comment elle pouvait être dans les années 1950-1960) était un de nos terrains de jeux particuliers parce qu'elle était en pente. Alors bonjour les carricos, trottinettes et tout ce qui pouvait rouler.

Pour les non-initiés, le carrico était une sorte de chariot construit à partir d'une planche rectangulaire sous laquelle on fixait 3 roulements à bille de récupération. Devant, une barre pivotante (un simple axe) que l'on actionnait avec les pieds faisait un volant acceptable. Et c'était parti.

dessin R. Alfonsi

 
 
 
 
 

FRERES ET SOEUR
 
 
Nous sommes une famille de cinq enfants dont je suis l'aîné, 4 garçons et une fille.Voici la première photo où nous sommes réunis ensemble, ce qui n'est pas facile, tout le monde étant dispersé et l'un de nous parfois indisponible lors de nos réunions.

de gauche à droite : Fabien, Nelly, Edgard, notre mère, Jean-Claude et Richard.

Photo prise à Valence en juin 1965

 

 

Beaucoup plus tard (juin 1995)
 
A Lyon le 4 octobre 2005
 
 
 

 HOMMAGE A MES PARENTS
 
Ils sont morts hier, il y a des années de cela, depuis si longtemps, que j'ai cessé d'en compter les mois sans en perdre un seul jour.
Ils apparaissent parfois dans l'instant d'un regard qu'ils m'ont appris à poser sur les choses, sur un paysage, sur les gens qui portent leur histoire ; ils surgissent dans un rayon de pluie, dans un reflet de lumière, au détour d'un mot dans une conversation. Ils sont mes immortels.
 
(Emprunté et adapté de Marc Lévy : "Vous revoir").
Le texte exact est : "Elle est morte, etc..."
 

 
19 mars 1929
 

 
 
 
 
 

 ADOLESCENCE
 
 
 
Je ne fréquentais pas trop dans la rue, à la différence de mes frères. Je me concentrais sur mes études et la lecture. Je hantais les bouquinistes de la ville. Je n'ai donc pas eu l'occasion de me faire beaucoup d'amis.
 
A 17 ans, j'étais en seconde commerciale et je voulais préparer une expertise comptable, quand j'ai dû arrêter mes études pour me mettre à travailler.
Le jour de la remise annuelle des prix, le 30 juin 1954, Monsieur J. de Sola, professeur certifié d'espagnol fit le discours d'usage qui, redécouvert à la lumière des événements, est un véritable petit bijou. Il révèle une érudition authentique, un effort de recherche historique, et une passion dans sa mission d'enseignant et d'hispanisant, quand on pense qu'une grande proportion de la population oranaise provient d'éléments espagnols, ce dont il est fier.
Mais je n'insiste pas, lisez-le plutôt : discours de M. de Sola
 

J'ai eu la chance de rencontrer des jeunes de mon âge qui faisaient partie d'un petit club de loisirs où je fus admis. Il était formé de deux couples d'adultes qui le dirigeaient et d'une douzaine de jeunes. On se réunissait dans un petit local, rue d'Alsace-Lorraine, près du cinéma Empire.
On se baladait ensemble, on allait à la plage, et à une occasion, nous avons monté une petite pièce de théâtre sans prétention. Nous avons commencé à peindre le décor d'après une photo de cinéma que nous nous étions procurée. (en l'enlevant subrepticement du tableau d'affichage de ce cinéma. Il y a prescription !)
Le thème de la pièce était simple : des étrangers arrivaient à Paris et demandaient des renseignements, sujets à quiproquos. Toutes les nationalités y passaient. Prenez par exemple une anglaise qui demande le chemin de la tour Eiffel à un indigène : "La Tour des fèves ? Tu vas au trois-quatre-zéro (Trocadéro), tu passes à côté de Lahcène, pas mon frère ! l'oued... et ti arrive tout suite." C'était, vous le voyez, une amusette sans prétentions.
 

 
 
 
 

MES EMPLOIS AVANT LE SERVICE MILITAIRE
 
J'ai occupé plusieurs emplois pendant les trois ans qui me séparaient de mon appel sous les drapeaux.
Au cours de mon année de seconde commerciale, j'avais appris la dactylographie, mais pas encore assez bien, et j'avais passé avec succès un BE de comptabilité et un CAP aide-comptable. Ma première candidature à un poste de courriériste fut un échec. Quand j'y pense aujourd'hui, je suis encore étonné de la facilité avec laquelle on trouvait un emploi à cette époque.
 
Je fus successivement (je ne saurai pas le dire dans l'ordre) :
 
- Garçon de courses à la maison SOTTO : fournitures pour dentistes et bijoutiers, 10 rue Pierre Tabarot.
En dehors des courses habituelles, une grande partie de mon travail consistait à aller chez les clients pour leur faire payer les achats à crédit qu'ils avaient effectués. Le patron tenait une espèce d'échéancier et il fallait aux dates indiquées aller réclamer les paiements. Ce qui était le plus facile et le plus intéressant, c'étaient les bijoutiers. Ils étaient localisés dans un secteur restreint, dans quelques rues du Village Nègre. Je m'attardais un peu pour les regarder travailler et ce qui me passionnait le plus était de les voir fondre l'or dans des creusets.
Comme de nombreux fournisseurs utilisaient la même méthode de crédit, j'y rencontrais plusieurs jeunes qui comme moi allaient faire des encaissements. Se déroulait alors une espèce de ballet ou chacun essayait de précéder les autres car c'était le premier arrivé qui avait une chance d'avoir un encaissement. Petit jeu de stratégie.
Parfois on s'entendait en consultant nos listes respectives et on se partageait le terrain. Ce qui était le moins intéressant, c'était les dentistes, car il fallait se présenter à la réceptionniste et attendre entre deux clients, parfois plus, car le dentiste n'hésitait pas à faire durer le plaisir pour décourager l'attente.
 
- Le travail de secrétaire à la maison MAXIM'S (les 5 M : Maison Maxims, Meilleur Marché du Monde), 13 boulevard Magenta, est celui que j'ai gardé le plus longtemps.
Il consistait à comptabiliser les ventes à partir des étiquettes de vêtements qui nous étaient distribuées au fur et à mesure. Nous étions plusieurs secrétaires, sous la direction d'un chef, dans une pièce au sous-sol, aménagée en une espèce de bureau, et il fallait décoder les étiquettes car si le prix de vente était en clair, le prix d'achat figurait sur la même étiquette en code : TAPISVERDOX, où chaque lettre correspondait à un chiffre. Le O correspondait au 0 et le X servait à doubler le dernier chiffre. Exemple : 100 = TOX.
 
- Aide-comptable chez Edmond Pinto (tissus). A l'angle du Bd Magenta et de la rue de Vienne.
Je ne sais pas si cette maison, pas très bien dirigée, (trop de crédits irrécupérables) fit finalement faillite. L'essentiel de mon travail consistait à faire des dossiers de contentieux. Malgré le peu de recettes, le patron faisait du tape-à-l'oeil et n'hésitait pas, à l'hôtel MARTINEZ que les artistes fréquentaient le soir, à laisser des pourboires mirobolants pour épater les dames et les draguer.
 
- Aide-comptable chez Zenou (Denrées coloniales), peut-être 2 rue Ozanam. Une grande partie du travail consistait à aller au port dédouaner les marchandises qu'ils recevaient, et à aider le comptable.
 
- Garçon de courses à la maison Djian, Comptoir de fournitures d'ameublement, 27 rue Eugène Etienne. Quand il n'y avait pas de courses à faire (livraisons, papiers à la banque, courrier à la poste, etc...), j'emballais les achats des clients. C'est là que j'ai appris à faire de jolis colis.
 
- Je faisais aussi comptable des recettes dans un café, et secrétaire le soir entre 18 et 21 heures chez Layani (denrées coloniales).
 
Pourquoi tant d'emplois ? : D'abord, quand j'étais dans une place, au bout d'un certain temps, j'en cherchais une autre qui rapportait mieux, ensuite dans mes emplois secondaires, je cherchais à gagner de l'argent.
En effet, ma paie servait à aider à ma famille et je savais qu'en entrant au service militaire, une privation de salaire créerait un gros souci d'argent. En ma qualité de "soutien de famille" une indemnité était accordée à mes parents, mais cela ne suffisait pas pour une famille de cinq enfants. Je thésaurisais donc ce que je gagnais en dehors de mon emploi principal, et quand je fus à l'armée, je versais chaque mois, une certaine somme à ma mère. (Mon père était décédé un peu avant mon entrée au service militaire).
 
 
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