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 Mon service militaire à Oran (Mes classes)

Le 10 janvier 1958 (classe 57/2C) je me rendais avec un petit sac et un peu de linge de corps à la caserne du 2ème Régiment de Zouaves à Eckmülh.

Après quelques formalités, dès le lendemain, avec ceux qui avaient été appelés en même temps que moi, nous fûmes emmenés au Centre d'Instruction de Gambetta où j'allais passer 4 mois de "classes".

Les installations étaient assez rustiques : bâtiments alignés, coiffés d'un toit arrondi où on nous mettait 40 par 40, des rangées de lits superposés et des penderies surmontés d'un casier simplement protégées avec un léger rideau, pour mettre nos affaires. Une ou deux tables pour faire notre courrier.

 

 

 

 

Les "toilettes" se trouvaient dans un petit bâtiment à environ 200 mètres de là. C'étaient deux trous sans chasse avec un robinet et des seaux. (Derrière le mur marqué d'une croix sur la photo ci-contre. La flèche montre la direction du bâtiment où se trouvait la chambre ci-dessus)

Ils étaient assez vite engorgés et une des corvées qui étaient distribuées chaque matin consistait à les désengorger avec un bâton et de l'eau que l'on prenait dans un seau à un robinet. Merci.

 

La vaisselle se composait d'une gamelle et d'un bidon avec quart. Le matin, à tour de rôle, deux d'entre nous allions chercher à la cuisine un grand récipient (une norvégienne) de café noir et du pain. Je ne me souviens pas s'il y avait autre chose.

Pour la toilette, il y avait dehors des espèces d'abreuvoirs à l'air libre qui servaient aussi à laver notre linge. Laver et repasser notre linge était une occupation qui nous prenait beaucoup de temps, car tous les matins, une inspection était passée et gare aux punitions. Nous faisions très attention, car on n'avait quartier libre que le dimanche après-midi et une punition, c'était : pas de sortie. Donc nous passions notre temps libre à laver le linge et le regarder sécher sur de grands étendoirs pour ne pas qu'il disparaisse... ou qu'il soit échangé. Il y en avait qui avaient trouvé la combine pour avoir du linge propre sans le laver.

Avec un lever à six heures du matin, la toilette, faire les lits au carré, ranger les affaires et balayer la chambrée, puis les exercices toute la journée et les corvées pendant les temps libres à midi et le soir (Il y avait tellement de corvées que nous étions pris à tour de rôle un jour sur deux, la corvée la plus facile étant celle qui consistait à balayer le bureau du capitaine, et la plus difficile, devinez...), la journée était bien remplie. Le lavage et la surveillance du linge occupait le reste du temps, sans parler des gardes de nuit. Et les jours sans corvée, il y avait aussi sur un coup de sirène inopiné, le balayage du quartier, tous en ligne avec des balais. Pour bien faire le lit au carré, nous avions deux planchettes qu'il fallait placer sur les côtés du matelas pour bien tendre la couverture. Un lit mal tendu, et...
 
Photo Gimenez Jean-Pierre, ancien du 2èGCNA
 
 
Pour les repas, nous passions à la chaîne avec à la main les trois éléments de la gamelle, le quart et les couverts. C'était une gymnastique de tenir tous ces éléments pour les faire remplir et les trimbaler jusqu'à une table sans en faire tomber la moitié. On nous remplissait d'autorité le quart de vin et il n'y avait pas d'autre boisson. Le vin était obligatoire, on ne pouvait pas le refuser. Evidemment il était garni de bromure censé nous calmer les esprits. Après le repas, j'allais vider le quart avec les déchets et boire un peu d'eau à un robinet. Il fallait ensuite laver soigneusement la gamelle.
 
Je parlais des punitions : Nous étions privés de sortie le dimanche après-midi selon les caprices des gradés et en particulier d'un adjudant-chef. Une petite tâche ou un pli sur notre tenue une microscopique poussière dans la gamelle, et ça y était. Par grâce, les fois où l'on ne pouvait pas sortir, on pouvait quand même recevoir des visites (limitées dans le temps) dans une espèce d'enclos équipé de bancs près de la sortie. Et ces privations de sortie étaient aussi agrémentées de corvées supplémentaires. Evidemment il fallait faire le travail de ceux qui avaient la chance de sortir, ce qui fait qu'il fallait par suite, obligatoirement des punis....avec ou sans motif.
 
Je mettais beaucoup de bonne volonté à faire ce service militaire et si j'y subissais sans plainte les duretés, j'aimais bien ce que j'y apprenais, en particulier les cours sur le terrain : observation, topographie, étude du terrain, embuscades, etc... ce qui m'a beaucoup servi dans les stages de sous-officier plus tard.
Ce que je préférais le plus, c'était le tir à toutes les armes. Le tir se déroulait dans deux sortes d'installations : stand classique et terrain libre. Dans le stand classique, pour éviter que les tireurs se déplacent, d'une part pour observer leurs résultats, d'autre part pour boucher les trous et pour gagner du temps, il y avait une fosse aménagée devant les cibles installées sur des chassis à glissières. A l'intérieur de la fosse, à tour de rôle, un homme devant chaque cible montrait à l'aide d'une perche terminée par un disque (palette de tir) l'endroit de l'impact, ou balançait la perche s'il n'y avait rien, puis descendait les cibles pour boucher les trous. Pendant ce temps, la série suivante se préparait à tirer. Il fallait être en casque à cause des ricochets éventuels et se boucher les oreilles, le bruit étant particulièrement fort à cet endroit. Nous allions là que pour les tirs au fusil à 200 mètres.
 
 
Pour les autres armes, en particulier les tir aux grenades à fusil ou aux roquettes (d'exercice), nous allions sur plage que l'on appelait "Les Genets" dont une partie était terrain militaire. On y allait à pied. Cela faisait en même temps un exercice de marche.

On tirait des roquettes d'exercice, c'est à dire fausses, sans explosif. La charge propulsive consistait en des cartouches feuillettes ou cartouches sans balles. Nous nous placions au bord de l'eau et nous tirions vers les dunes. Il ne s'agissait pas de viser quelquechose en particulier, mais de connaître les gestes et les positions de tir. En suite on ramassait des roquettes (en bois ou en plastique bleu), mais d'autres sections n'étaient pas aussi soigneuses et on en trouvait couramment sur la plage. On en profitait pour les manipuler et les regarder avec plus d'attention. Mais un jour, il y eut une enquête pour savoir si nous, nous en avions laissé : une roquette avait explosé, blessant quelqu'un. On sut plus tard que c'était un attentat et qu'un engin avait été piégé.

 

 

 

Autres photos des Genêts, fournies gracieusement
par Gimenez Jean-Pierre

 

 

 

 

 

 

Nous faisions aussi des exercices plus longs et plus loin. On dormait sous de petites tentes qu'on appelait faussement individuelles mais qui étaient en réalité pour deux et chaque soldat n'en avait qu'un morceau. On se mettait donc par deux (Merci de la logique). Anecdote : On nous entraînait à monter les tentes (et à y passer la nuit) dans la caserne. Mais nous étions en nombre impair. Les binômes avaient été formés auparavant et cette fois-ci, c'est moi qui me trouvais isolé. Comme il fallait un homme de garde, cela n'était pas gênant, et toutes les deux heures, la sentinelle sortante prenait la place de la sentinelle montante. Mais...(encore une logique) sachant cela, j'avais estimé inutile de me munir de mon morceau de tente. Une fois toutes les tentes montées, le moniteur me demanda de lui montrer mon morceau de tente que je n'avais pas, bien sûr, et... insensible à ma logique, il m'infligea un tour de garde supplémentaire, le dernier avant le jour. J'estimais cela parfaitement injuste et je décidais, fort de mon droit, de ne pas le faire. Ce fut ma première indiscipline. Tout le monde étant réveillé à l'heure, dans l'encombrement du démontage, le gradé ne s'en aperçut pas, et la dernière sentinelle que je devais remplacer et qui le savait ne m'a pas dénoncé. (Merci, camarade).

Pour le repas, une chaîne était improvisée et on passait encore avec tout le bazar dans les mains, mais c'était plus difficile pour le nettoyer après le repas, car l'eau était rationnée (un quart pour se laver le visage).Alors on prenait du papier que l'on trouvait sur place dans les bois.

Montage de tente par deux gradés. Un sergent de la gendarmerie nous accompagnait en cas de problème de voisinage.

 
L'organisation du repas. Le troisième à gauche, de face, était notre terreur (l'adjudant-chef). Le dernier à droite était le caporal qui était tout le temps avec nous comme chef de chambre et qui était plus compréhensif.
 
Ce temps de service militaire à Oran, limité aux "classes" devait durer quatre mois. J'eux quand même l'occasion, ayant échappé en majorité aux punitions de sortir le dimanche après-midi pour aller à la maison.
D'autres petits points : - Ayant eu une bonne note aux tests faits les premiers jours (18), le capitaine me convoqua pour me demander si je voulais faire les E.O.R. (terme barbare sur le moment). Par peur de l'inconnu, je refusais et je ne sus pas expliquer pourquoi. Je ne savais pas ce que j'allais faire après les classes, croyant rester à Oran, donc je ne voulais pas être éloigné.
- Juste après mon recensement, mon père, qui avait certaines relations, me dit qu'il pouvait me faire "pistonner" (encore un terme barbare). Je refusais aussi, car d'une part, je me doutais qu'il contractait une dette envers celui qui interviendrait, et d'autre part, je ne voulais pas de quelque chose que je n'aurais pas mérité par moi-même. (mouchoir !) et il respecta ma décision. (Merci, Papa).
 
Au bout des quatre mois, la section était dispersée et avec quelques camarades j'étais envoyé dans le bled, et je cessais d'être un "Zouave" pour devenir un "Nomade"
 
 
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