Accueil

POESIE

Ô triste éloignement de tout ce que j'aimais
Maison ! fleurs des jardins! Adieu et pour jamais
Pays de mes amours inondé de soleil !
Adieu, terre chérie où le jour est vermeil,
Où les bougainvillées garnissaient les tonnelles,
Où la nuit étoilée est si douce et si belle...

 Les plus beaux vers  Edmond Arnaud (de Mostaganem)
On nous appelle pieds-noirs   Camille Bender, décembre 1962
télé-réalité : La Guêpe et l'Abeille   Marc
Au pays qui n'existe plus  Vincent Hérelle
Déracinée  Liane Foly (paroles d'une chanson)
Rêverie à Oran  Nelly Chamard
Neige sur Oran  Amélie Tello 1931
Les odeurs de là-bas  Odette Tremelat Legay
 

 
 

 

 AU PAYS QUI N'EXISTE PLUS

Viens, je veux t'emmener marcher sur les rivages
Du pays qui n'existe plus,
Sur les ailes du temps comme des oies sauvages,
Un pays d'où nous sommes exclus.
Tu sauras le parfum des orangers en fleur
Et des mandariniers,
Et les éclats de voix de l'ouvrier râleur
Fabricant des paniers.
 
Viens, je veux t'emmener flâner dans les villages
Du pays qui n'existe plus.
Où couraient des enfants braillards de tous les âges
Que séparer, il a fallu.
Et je te parlerai de la douceur de vivre,
En mutuel respect,
Loin des oppositions décrites dans les livres,
Quand nous vivions en paix.
 
Viens, je veux t'emmener dans tous les paysages,
Les champs, les djebels, les talus,
Où seules maintenant passent les oies sauvages,
Au pays qui n'existe plus.

Vincent HERELLE

 

 On nous appelle "Pieds Noirs "

    On nous appelle "Pieds Noirs" et ces deux mots jetés
    Péjorativement, souvent comme une insulte,
    sont devenus pour nous bien plus qu'un sobriquet.
     
    On nous appelle "Pieds Noirs" avec cette nuance
    De dédain, de mépris attachée à ces mots
    Qui pour nous, ont un sens de plus grande importance
    On nous appelle "Pieds Noirs", nous acceptons l'injure,
    Et ces mots dédaigneux sont comme un ralliement
    Comme un drapeau nouveau, comme un emblème pur
    On nous appelle "Pieds Noirs", il y a sur nos visages
    Le regret nostalgique des horizons perdus,
    Et dans nos yeux noyés, d'éblouissants mirages.
     
    On nous appelle "Pieds Noirs" il y a dans nos mémoires
    Le souvenir joyeux des belles heures d'autrefois,
    De la douceur de vivre, et des grands jours de gloire.
    On nous appelle "Pieds Noirs", ami, te souviens-tu
    De nos champs d'orangers, de nos coteaux de vigne,
    Et de nos palmeraies, longues à perte de vue ?
    On nous appelle "Pieds Noirs", mon frère, te souvient-il
    Du bruyant Bab-el-Oued, d'El Biar sur sa colline,
    Des plages d'Oranie, du glas d'Orléansville ?
    On nous appelle "Pieds Noirs", là-bas dans nos villages,
    Qu'une croix au sommet d'un clocher dominait,
    Il y a un monument dédié au grand courage.
    Les nommait-on "Pieds Noirs" les morts des deux carnages
    De 14 et 39, les martyrs, les héros
    Qui les honorera maintenant tous ces braves ?
    On nous appelle "Pieds Noirs", mais ceux qui sont restés,
    Ceux de nos cimetières perdus de solitude,
    Qui fleurira leurs tombes, leurs tombes abandonnées ?
    On nous appelle "Pieds Noirs" nous avions deux patries,
    Harmonieusement si mêlées dans nos coeurs,
    Que nous disions "ma France", en pensant "Algérie"
    On nous appelle "Pieds Noirs" mais nous sommes fiers de l'être
    Qui donc en rougirait ? Nous ne nous renions pas
    Et nous le crions fort, pour bien nous reconnaître
    On nous appelle "Pieds Noirs", nous nous vantons de l'être
    Car nous sommes héritiers d'un peuple généreux
    Dont l'idéal humain venait des grands ancêtres
    On nous appelle "Pieds Noirs" qu'importe l'étiquette
    Qu'on nous a apposée sur nos fronts d'exilés,
    Nous n'avons pas de honte, et nous levons la tête.
    Ô mes amis "Pieds Noirs" ne pleurez plus la terre
    Et le sol tant chéris qui vous ont rejetés,
    Laissez les vains regrets et les larmes amères

CE PAYS N'A PLUS D'ÂME, VOUS L'AVEZ EMPORTEE.

Décembre 1962 Camille Bender

 

LA GUÊPE ET L'ABEILLE

Pour faire du sous-bois un havre de bonheur,
La lavande et le thym mélangeaient leurs odeurs.
Abeilles fredonnaient en butinant les fleurs...
La ruche regorgeait de rayons de soleil
De gelée et de cire, de pollen et de miel.

Dame Guêpe voulut se mêler au festin.
Après avoir trompé l'attention des gardiens,
Furtivement, dans la ruche, s'introduisit.
Elle appela sa sœur, et bientôt sa cousine
La sœur de sa cousine, puis toutes leurs voisines.
Si bien qu'en un moment la ruche en fut remplie.
Elles mangeaient tout le miel qu'abeilles fabriquaient
Ne faisaient jamais rien, et pour passer le temps
Alvéoles cassaient. Abeille protesta.
Guêpes manifestèrent et firent maints boucans.
Le conseil des bourdons alors se rassembla,
Démocratiquement, Abeille fut mandée.
" Pourquoi dois-je abriter des insectes étrangers ? "
Ruisselant de social, Sieur Bourdon s'indigna :
" Comment osez traiter nos parents de parias !
Le tort vous en revient, si Guêpe est venimeuse
Car vous n'avez pas su comment l'assimiler.
Il faut la respecter afin qu'elle soit heureuse ;
Elle aime caillasser, laissez-la caillasser ;
Elle aime fracasser, laissez-la fracasser ;
Elle aime saccager, laissez-la saccager ;
Laissez-la exprimer sa personnalité. "
Plus Guêpe dévastait, plus de miel elle avait ;
Plus elle démolissait, et plus on la comblait.
Et Abeille jobarde, toujours plus travaillait.

Guêpes proliféraient, abeilles s'étiolèrent ;
On appliqua les lois de la démocratie,
Qui donnent aux plus nombreux le droit de tyrannie.
Guêpes étant plus nombreuses, les abeilles, chassèrent.
Au bout de quelques mois, de miel il n'était plus.
Le dénuement régna, la disette accourut,
Ruche périclita, malheur se répandit,
Il n'y eut bientôt plus que détresse et chienlit.

Poignez vilain, il vous oindra;
Oignez vilain, il vous poindra.

envoyé par Marc (Orancentre)

Une chanson de Liane Foly

 

DERACINEE

Entre deux soleils, entre deux continents,
Glissait sous le ciel, un grand bateau tout blanc.
Pendant que ma mère pleurait.
Dans son ventre moi j'attendais de naître pour l'hiver, enfin peut-être.
Mon passé, je ne le connais pas.
D'où je viens où je vais, je ne le sais pas.
Dans mon cœur résonne encore cette terre, ce " parler fort ".
Comme unique héritage.
Déracinée, sans un décor sans un repère,
Je suis déracinée entre les non-dits, les mystères.
Depuis que je suis née, une petite voix étrange venue d'ailleurs
Cadeau des anges me parle d'Alger.
Et l'histoire a balayé tous les remords.
Il a fallu être de plus en plus fort.
Reconstruire sur la poussière un avenir sans colère
Nous demander d'être grand, ça prend du temps.

Déracinée, sans un décor sans un repère,
Je suis déracinée entre les non-dits, les mystères.
Depuis que je suis née, une petite voix étrange venue d'ailleurs
Cadeau des anges me parle d'Alger.
Déracinée, une inconnue, une étrangère,
Je vis déracinée, comme exilée de l'univers depuis que je suis née.
Des mensonges que l'on occulte et font de nous de faux adultes.
Apprendre à s'aimer.

Continuer de croire en l'homme grâce ou à cause en somme.
De ses blessures et par ses déchirures on n'est…
Déracinée, sans un décor sans un repère,
Je suis déracinée entre les non-dits, les mystères.
Depuis que je suis née, une petite voix étrange venue d'ailleurs
Cadeau des anges me parle d'Alger.
Je suis déracinée.


(Foly/Dona - Editeur : Lilor Music Lid

 

Rêverie à Oran
 
 
Quand mon coeur est en peine, c'est là que je reviens,
Blottie dans la senteur tiède du figuier,
Je retrouve ta voix cristal dans les palmiers,
Comète zigzagant au milieu des jasmins.

L'étoile dans l'oreille, je baisse ma paupière
Et vois tes yeux profonds, berceau de mon azur,
Elixir de saphirs sur l'onde la plus pure ;
Leurs grains de sable d'or sont ma dune où j'espère.

Quand mon rêve est en peine, je vogue sur la mer,
La cadence est magique, les vagues ne rient plus.
Mes songes enfantins qui ne s'amusent plus,
Sont à demi figés dans la vapeur amère.

Suprême est mon émoi quand l'écume fait rage,
Déchaînant ma mémoire en ses secrets recoins ;
Il ressurgit alors, découvrant le rivage,
Des écrits d'autrefois aux airs proches, et lointains.

Tout mon sang est grisé sur la plage en ivresse,
Il se gorge d'anis tout ambré de cannelle,
S'enivre de vin doux muscat et citronnelle,
Mes yeux sont suspendus sur leur songe en détresse.

Je ne peux séparer la mer de mon breuvage,
Onirique boisson qui fait danser l'enfance.
D'une plage rêvée qui nourrit ma démence,
Je ne peux oublier mon lancinant servage.

Nelly Chamard

 
 
 
 
 

 

NEIGE SUR ORAN

 

La ville est, ce matin, en robe nuptiale,
Pour célébrer pompeusement ses épousailles
Avec l'hiver nouveau brusquement apparu
C'est pourquoi, cette nuit, il a neigé fort dru.
Du blanc, du blanc, partout, sur les toits, dans la rue,
Toute surprise encore de la neige imprévue,

Sur l'arbre nu qui tend ses squelettiques branches,
Sur le jet d'eau muet où le palmier se penche.
Et c'est chose si rare en ce tiède pays,
Que les petits oiseaux en sont tout ébahis,
Il neige un peu encore et c'est vraiment charmant..
Un fin duvet de cygne est lancé mollement
Du ciel gris et morose où le soleil se cache,
Jaloux de la splendeur de la neige sans taches
Mais voici qu'il se montre, il est déjà dehors,
De la blanche parure il a juré la mort.
Et la neige s'écroule aux rayons du soleil
Comme aux désillusions, nos beaux rêves vermeils.

Amélie TELLO 1931

 
 
 
 
 
 LES ODEURS DE LA-BAS

Sens-tu le frais parfum de la blanche anisette
Dans le verre embué ? Et celui des brochettes
Aux portes des cafés ? De là bas c'est l'odeur.
Me voici transportée sous l'oranger en fleurs
Des souvenirs, soudain, s'ouvre tout grand le livre
Quand toutes ces senteurs se mettent à revivre,
C'est un ciel éclatant d'azur et de vermeil
Une mer d'émail bleu ondulant au soleil
C'est la vigne naissant au sein des terres rouges
C'est midi si brûlant que l'ombre seule bouge
C'est l'ardente clarté courbant les floraisons
C'est la chaleur, la plage; c'est notre maison.

Respire à pleins poumons cette odeur généreuse
Et vois le bourricot sur la route poudreuse
Qui trotte résigné, chargé de lourds paniers
Qui lui battent les flancs. Retrouve les palmiers
Aux écailles brunies dont la houppe balance
Dans les cieux en fusion la verte nonchalance
Qui, respire bien fort les parfums de là bas
Et tu verras alors, emplissant les cabas
En tunique de sang, la tomate pulpeuse
L'orange ensoleillée et la grappe juteuse
Tu sentiras l'odeur des couscous épicés,
Des paëllas fumantes, des piments grillés,
Et l'arôme fruité de notre huile d'olive
La fragrance salée du rouget, de la vive
De la dorade rose au bout de l'hameçon
Dont on se mijotait des soupes de poissons
Vois les figues sucrées emplissant la corbeille
Près desquelles tournoient les friandes abeilles
Délaissant le jasmin langoureux, obsédant.
Nous mordions dans la vie, ensemble, à pleines dents

C'était la joie, le rire, c'était le bonheur !
Le passé contenu dans ces fortes senteurs
C'était les temps heureux, c'était notre richesse...
Car l'odeur de là bas, c'était notre jeunesse !

Odette TREMELAT LEGAY

 
 
 
 
 
LES PLUS BEAUX VERS
 
Les plus beaux vers, c'est vrai, sont ceux qu'on n'écrit pas.
Ils sont éclos tout seuls au plus profond de l'âme
et, longuement polis, sonnent comme une lame
trempés en acier clair pour les plus beaux combats.

Ils ont pris au cerveau leur meilleure substance ;
les pulsions du coeur en rythment la cadence;
on les sent au tympan tambouriner tout bas.

Mais qu'ils disent nos cris, nos plaisirs ou nos peines,
qu'ils chantent de l'amour, le caprice ou les chaînes,
leur rimes, deux à deux, semblent marquer le pas ;
 
Les plus beaux vers, c'est vrai, sont ceux qu'on n'écrit pas.
 
Edmond Arnaud (de Mostaganem)
Transmis par Guy Montaner, de la "Marine"
 
 
 
haut de page