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MES POESIES

 

La première Evelyne Edgard Attias
 d'Evelyne à Nelly Edgard Attias
 Rêverie à Oran Nelly Chamard

 

I - Evelyne

Avec son arrivée, qui était la première
Elle avait accompli le bonheur d'une mère.
Bonheur indescriptible, et sa jolie poupée
Etait montrée à tous, partout avec fierté.

Et les années passaient dans un bonheur paisible
Jusqu'au moment fatal, inattendu, terrible,
A trois ans et demi, la maladie sournoise
Emporta en huit jours l'enfant aux yeux turquoise.

Pour la mère éplorée, la douleur fut atroce.
En hurlant l'injustice d'un destin si féroce.
Mais la famille entière endossa sa douleur
Et l'aida de son mieux dans cet affreux malheur.

Six semaines plus tôt un garçon était né
Et ce nouveau bébé, ce tout petit mouflet
Fut là pour apaiser un peu de la souffrance
Détournant son esprit par sa simple présence

****

Evelyne arborait deux grands yeux d'océan
Voyant de ses trois ans un monde de géants
Elle savait très bien parler. Elle chantait
Très joliment tous les refrains qu'elle entendait.

Qu'était alors pour elle ce tout petit bébé
La privant d'une part d'un amour sans partage?
Etait-ce un ennemi ? Ou un nouveau jouet.
Parlait-elle avec lui dans son fin babillage ?

Est-ce qu'elle l'observait de ses grands yeux pensifs
Gravant dans sa mémoire son regard expressif ?
Est-ce que le bébé ressentait la présence
D'une jolie fillette dans son innocence ?

A-t-il inconsciemment quand elle fut partie
Gravé dans son esprit cette présence amie
Ces souvenirs fugaces qui ne firent qu'éclore
Au bout de tant d'années perdurent-ils encore ?

Je ne m'en souviens pas et me souviens pourtant
L'image fut gravée, rendue vraie par le temps
Rien ne peut de mon âme, un seul jour l'effacer
J'étais ce nouveau-né, c'était ma sœur aînée !

Edgard Attias
 
Nota : Evelyne, née le 26 juillet 1934,
décédée le 9 janvier 1938 (3 ans et demi)
Edgard né le 19 novembre 1937, avait 1 mois et demi.

 

 

 

 

 

 

 

II - d'Evelyne à Nelly

Une année se passa dans un profond chagrin
Tempéré par l'enfant qui n'avait que deux mois
Et qui l'attendrissait par son petit minois.
Après elle conçut un nouveau chérubin.

Pour avoir un enfant, pour ravoir une fille
Ou bien tout simplement former une famille ?
Cette question, je crains, restera un mystère
Profondément enfoui dans le cœur de la mère.

Pour le siècle jadis, la famille nombreuse
Etait le synonyme d'une famille heureuse
Et les autres parents avaient eu autrefois
Deux tantes cinq et trois, deux oncles quatre et trois

Et ce fut un garçon qui après deux années
Pointa dans la maison son petit bout de nez.
Trois enfants remplissaient dès lors la maisonnée
Quatre ans comptait l'aîné et deux ans le cadet.

C'est au bout de quatre ans, quand le premier eut l'âge
Comme baby-sitter de prendre la casquette
Que la mère songea à reprendre sa quête
Et d'un autre bébé se remit à l'ouvrage.

Du sexe masculin fut le bel arrivé
Et la mère quoiqu'heureuse, se prit à méditer
Quatre enfants, tous garçons. Allait-elle arrêter ?
Ou aller tout au bout d'un rêve inavoué ?

La terre fit cinq tours jusqu'à l'année cinquante.
Une nouvelle foi se révéla, poignante
Et un étrange espoir fit ressortir le rêve
Qui l'agitait toujours sans repos et sans trêve.

C'est un jour de bonheur quand au dixième mois
De cette année bénie qui partage le siècle
Qu'une jolie fillette vint recréer la joie
Et dans cette famille enfin ferme la boucle

Elle avait attendu douze années et demie.
Il lui fut accordé le double des étés
Avant que le destin mit un terme à sa vie.
Mais elle le vécut comme l'éternité.

Le reste des enfants se plaça en retrait
Pour que leur mère aimée n'ait plus qu'à l'adorer
A l'adorer encore, à l'adorer toujours
Et tisser de fils d'or la trame de ses jours.

La fillette grandit, les garçons l'entourèrent
Aidant à l'élever tout autant que leur mère.
Elle posait sur eux une ombre de douceur.
Leur humeur s'attendrit à voir tant de bonheur.

Elle fut demoiselle et notre mère aussi
Elles parlaient chiffons, et les yeux dans les yeux
Papotaient comme font deux parfaites amies
Et ce bonheur parfait s'élançait jusqu'aux cieux.

Le choix de son prénom n'était pas un hasard.
De la fille première à la fille dernière,
Sans le vouloir vraiment, et ce qui est bizarre
Les lettres se tournaient de l'endroit à l'envers.

Du prénom Evelyne enlevons le mot Eve
Première créature et compagne d'Adam.
Nous retournons la fin d'une torsade brève
De sorte que la fin soit un commencement.

Au nouveau mot formé, redoublons la lettre L.
Un ange n'est parfait que s'il a ses deux ailes.
On peut maintenant voir ce prénom qui se lit
En partant d'Evelyne on découvre Nelly.

On ne sait quelle muse, un beau jour présida
Au choix de ce prénom si bien approprié
On dit que le destin lui-même décida
Et le lui chuchota sans se faire prier.

On ne peut cependant rester indifférent
A ce mystérieux signe de ces prénoms,
On peut dire : Maman, tu avais du génie
Le ciel te remercia en nous donnant Nelly.

Edgard Attias, janvier 2013
Nota : Pour ceux qui n'ont pas compris :
Evelyne - Eve = lyne
Ly-ne inversé donne Ne-ly. On double le L et on obtient Nelly.

 

 

 

 

 

 

Rêverie à Oran
 
 
Quand mon coeur me fait mal, c'est là que je reviens,
Blottie dans la senteur tiède du figuier,
Je retrouve ta voix, courant dans les palmiers,
Comète cristalline au milieu des jasmins.

L'étoile dans l'oreille, je baisse ma paupière
Et vois tes yeux profonds, berceau de mon azur,
Incrustés de saphirs sur l'onde la plus pure,
Leurs grains de sable d'or sont ma dune où j'espère.

Quand mon rêve se tait, je vogue sur la mer,
La cadence est figée, les vagues ne rient plus.
Mes songes enfantins entamant leur reflux,
A demi effacés s'éparpillent dans l'air

Suprême est mon émoi quand l'écume fait rage,
Déchaînant ma mémoire en ses secrets recoins ;
Ressurgissent alors, découvrant le rivage,
Des écrits d'autrefois aux airs proches ou lointains.

Tout mon sang est grisé sur la plage en ivresse,
Il se gorge d'anis tout ambré de cannelle,
S'enivre de vin doux muscat et citronnelle,
Mes yeux sont suspendus sur leur songe en détresse.

Je ne peux séparer la mer de mon breuvage,
Onirique boisson qui fait danser l'enfance.
D'une plage rêvée qui nourrit ma démence,
Je ne peux oublier mon lancinant servage.

Nelly Chamard

 
 
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