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OEUVRES ET TEXTES - ESSAIS

 

Ce soir à Samarcande ou le destin choisi. 
  Histoire de l'Hôtellerie de la Devinière à Paris au 16ème siècle
 

 

 
 

CE SOIR A SAMARCANDE
 
 

 Tout le monde connait cette parabole qui est le sujet d'une admirable pièce de théâtre de Jacques Deval.
Je ne résiste cependant pas à l'envie de vous la conter de nouveau :
 
Le calife de Bagdad envoya son grand vizir faire quelques courses au bazar.
Le vizir revient tout tremblant.
- Tu es revenu bien vite. Que se passe-t-il ?
- Grand Calife, dit le vizir, tandis que j’étais sur la place du marché, j’ai rencontré une femme. Je l’ai regardée en face et j’ai constaté que c’était la Mort. Quand elle m'a vu, elle a fait un geste vers moi...
Puisque la Mort me cherche, aie la bonté de me donner ton meilleur cheval pour que je puisse m'enfuir et me cacher, loin d’ici, à Samarcande. En me hâtant, j’y serai avant ce soir.
Pris de compassion, le calife lui donna son cheval le plus rapide et le vizir partit au grand galop.
Plus tard dans la journée le marchand va lui-même au bazar et rencontre la Mort. Il lui demande :
- Pourquoi as-tu effrayé mon serviteur qui est encore jeune et en bonne santé ?
La Mort lui répond :
- Je n’ai pas voulu l’effrayer, mais en le voyant ici, à Bagdad, j’ai eu un geste de surprise. En effet, j’ai rendez-vous avec lui ce soir à Samarcande.
 
 
Voici maintenant l'argument de la pièce de Jacques Deval dont le titre est justement "Ce soir à Samarcande" est qui est passée "Au théâtre ce soir" en 1978.
 
Sourab Kayani, qui exerce le métier de fakir dans le cirque ambulant Taglione, est amoureux de Néricia, la dompteuse de tigres ; mais Néricia est attirée par le jongleur Angélo. Elle demande à Sourab de lui révéler quel sera son avenir avec lui. Sourab accepte et elle voit que le jongleur la trompera.
Tabourier, un riche industriel l'admire et demande au fakir de montrer à la dompteuse une vision où elle serait heureuse avec lui. Mais le fakir est dépassé par la vision qui démarre toute seule et montre à Néricia l'égoïsme de Tabourier. Dans les deux cas, elle se trouvera sur un navire qui fera naufrage d'après les visions de Sourab à une certaine date.
Elle épouse Sourab. La date arrive et aucun navire ne fait naufrage. Elle moque Sourab de sa "fausse" prédiction.
Mais Tabourier va se venger et dénonce le fakir pour une faute de jeunesse commise en Angleterre et punie sévèrement de travaux forcés. A l'époque, le convoi qui l'amenait en prison avait été attaqué par l'aviation pendant la guerre et il avait pu s'enfuir. Dans ce pays il n'y a pas prescription...
Sourab, arrêté, sachant qu'il ne verra plus son amour pendant de trop longues années, et ne voulant pas l'obliger à végéter en l'attendant pendant de nombreuses années, subtilise l'arme du policier et se tue.
Une voisine pendant une conversation parle du décalage entre le calendrier chrétien et le calendrier cyrillique que respecte Néricia. Le jour du naufrage prédit par Sourab est donc le lendemain. Elle se renseigne et apprend que le navire en question est bien en partance ce jour-là et que Tabourier est à bord ainsi qu' Angelo.
 
Il est complet, mais Néricia sait qu'elle trouvera une place à bord...
 
La moralité de cette histoire est que : Chacun choisit librement le destin qui doit lui arriver.
 
Une réflexion m'a amené à ceci :
 
Le vizir doit aller à Samarcande avant le soir.
Le destin est donc fonction d'une distance (Bagdad-Samarcande) et d'un temps (trajet).
Si l'on prend les trois premières lettres de ces deux mots : distance et temps,
si l'on corrige le "m" (qui est originalement un "n" transformé en m par le "p" qui suit) , on obtient : dis-ten.
Intervertissons les voyelles et l'on obtient : DESTIN.
 
Curieux, n'est-ce pas ?

 
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