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DISCOURS DE DEPART DE L'ARMEE

 

 

     
    Je vais me montrer un peu pédant en m'inspirant de Cyrano de Bergerac quant il écrivit sa lettre d'amour.
     
    "Eh bien la voici donc cette lettre d'adieu
    Qu'en moi-même j'ai faite et refaite cent fois
    De sorte qu'elle est prête et qu'en mettant mon âme à côté du papier
    Il ne m'est plus resté qu'à la recopier"
     
    Au moment où arrive pour moi le bout du chemin militaire, qui est par ailleurs un carrefour pour la suite, c'est la première fois que je fais un vrai discours, je veux dire un discours préparé. Jusqu'à maintenant, j'ai toujours discouru un peu à l'improvisade.
     
    Je quitte l'Armée après 31 ans de services et c'est un grand cap à franchir, qui fait un peu peur, même si consciemment je ne veux pas me l'avouer.
     
    Au moment où je me trouve arrivé, je me dois de revoir les personnes qui ont marqué ma destinée, ceux qui m'ont montré le Chemin. El là je trouve deux capitaines, mes deux premiers commandants d'Unité en Algérie.
     
    Le Premier, le capitaine LENTSCH (aujourd'hui Général) un Vosgien, m'a appris la confiance et m'a montré ce qu'était un Guide. C'est lui qui m'a aiguillé vers l'Ecole Militaire de Strasbourg que je ne connaissais absolument pas. (A l'époque, étant né et ayant toujours vécu en Algérie, la Métropole pour moi, n'était qu'une carte sur mon livre de géographie. Je savais quand même qu'à Paris, il y avait l'Arc de Triomphe et la Tour Eiffel, mais pas encore le Lido)
    C'est lui aussi - le capitaine LENTSCH - qui m'a appris qu'il fallait se prendre en mains. Il m'a appris la gaieté et la bienveillance ; La bienveillance, en passant sur quelques menues indisciplines (une tenue pas tout à fait règlementaire), la gaieté en m'abordant chaque matin d'un "Alors, content d'être militaire ?"
    C'est le premier qui m'a donné cette marque d'amitié particulière en m'appelant par mon prénom. C'est lui qui m'a nommé caporal, puis sergent, après m'avoir envoyé passer les examens adéquats, le C.A.1 et le C.A.2.
    Il m'avait prédit : Tu seras lieutenant-colonel.
     
    Le Deuxième, c'est le capitaine MOULIS, un Ariégeois. Il a voué sa vie, d'abord à sa carrière - baroudeur, plusieurs fois blessé. Puis, il s'est marié peu avant de prendre sa retraite après 25 ans de services, comme Capitaine. IL s'est ensuite voué à élever une famille.
    Il m'a appris la façon de travailler, sachant que le travail est une entité distincte non liée à ce découpage artificiel nommée "journée de travail". Parfois, il me renvoyait quand il m'arrivait de n'avoir rien à faire.
    "Va prendre un café, disait-il". Parfois on passait la nuit à finir un travail.
    On vivait dans une ambiance familiale. Il m'a appris la solidarité. Il m'a appris qu'on peut se dépasser alors même qu'on croit être arrivé au bout de ses forces. Il m'a montré le courage tranquille et le portrait d'un vrai militaire.
     
    Ce sont ces deux hommes, ces deux Capitaines, avec un C particulièrement majuscule, qui m'ont fait ce que je suis, qui ont été mes parrains, qui ont été les phares que j'ai essayé de suivre.
    Et arrivé au bout de cette route, comme lieutenant-colonel, je leur rends un hommage particulier et je leur demande à tous les deux en m'inspirant de Victor Hugo qui l'a fait dire à Jean Valjean :
    " Mon Capitaine, j'espère que vous êtes content de moi"
     
    Je ne retracerai pas ma carrière. Je n'ai pas toujours été administratif, mais j'ai commencé à un bout comme secrétaire, pour arriver aprés de nombreuses années, à l'autre bout, comme Chef des Services administratifs. Et j'ai essayé de mener cet emploi au sommet de sa courbe.
    Tout en essayant de rester modeste, je peux dire que l'administration du Corps marche bien, que le Commissaire vient voir le GMR1/526ème RT en sachant qu'il n'y rencontrera aucun problème. Je peux dire que notre Régiment a été en 1987, l'un des deux Corps de la Région cité pour sa meilleure Gestion. Je peux même dire en forme de boutade, que c'est le Commissariat qui vérifie ses chiffres en consultant les nôtres.
     
    Mais si je suis arrivé à ce résultat, ce n'est pas seul. Un bon instrument ne peut donner le meilleur de lui-même que si l'orchestre est bon. Et je remercie toute l'équipe des services administratifs qui ont été dans l'orchestre avec moi, et aussi tous les cadres du Corps qui y ont participé d'une manière ou d'une autre.
    Je remercie particulièrement comme il se doit, le Premier Violon, le Lieutenant-Colonel VERRUTTI qui m'a accordé son amitié, et je rends hommage au Chef d'Orchestre, au Chef de Corps, le Lieutenant-Colonel d'USSEL qui a fait que ces dernières années comptent parmi les meilleures de ma carrière, qui a fait que - moi en tout cas - j'ai eu plaisir à travailler. Le Lieutenant-Colonel d'USSEL qui m'a parfois appelé Edgard lui aussi. Et là, la boucle est bouclée. La fin de ma carrière rejoint son commencement.
     
    Et maintenant, je vais aller sévir dans le milieu civil.
    Et je dirai comme Cyrano avant son grand combat, seul contre cent :
      "Ah ; Paris fuit, nocturne et quasi-nébuleux.
      Le clair de lune coule aux pentes des toits bleus.
      Un cadre se prépare exquis pour cette scène.
      Là-bas, sous des vapeurs en écharpe, la Seine
      tremble. Et vous allez voir ce que vous allez voir.
       

     

    Edgard ATTIAS
     

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
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