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 MA SCOLARITE AU COLLEGE ARDAILLON
 
 
Vue aérienne : Le musée Demaëght et Ardaillon.
 
Lycée Ardaillon
Petit immeuble, grand fronton
C'est un lieu où l'on a vraiment
Peu d'espace, mais beaucoup de cran
 
 
Qui était Monsieur Ardaillon ?
Discours d'usage de fin d'année 1954
Mon prix d'orthographe et de grammaire
Souvenirs en vrac
 
 
 

J'ai passé 5 années ( de la 6ème à la Seconde) au Collège Moderne Ardaillon, ainsi qu'on l'appelait. On l'appelait auparavant Ecole Primaire Supérieure et il devait devenir plus tard à la demande des associations de parents d'élèves, Lycée d'Etat.

Mon souvenir le plus fort a été la distribution des prix de 1954 et le discours d'usage prononcé à cette occasion par le professeur d'espagnol, Monsieur de Sola, discours où il fait ressortir - fait surprenant déjà - le caractère pied-noir par rapport à celui de l'Européen, du Français, de l'Espagnol et fait remarquer qu'en plus des coutumes locales, il ne le cède en rien au niveau de l'éducation.
Il fait ressortir aussi son assimilation parfaite et son amour de la France.
 
 
 
Lorsque nous étions collégiens !
 
Avec le musée Demaëght au premier plan. Photo prise en 1960
 
 
 

QUI ETAIT MONSIEUR ARDAILLON ?
 

 

Edouard, Muller ARDAILLON est né à Mazères dans l'Ariège le 4 mai 1867, il est mort le 21 septembre 1926 à Alger. Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé d'histoire en 1890, il enseigne d'abord à Annecy.

Deux ans plus tard, en 1892, il obtient un congé spécial pour perfectionner sa formation à l'Ecole d'Athènes. Il participe alors aux fouilles de Delos et s'intéresse en particulier aux travaux d'exploitation des mines chez les grecs. Il publie un ouvrage sur " La découverte et l'exploitation des mines de plomb argentifère par les anciens "

A l'issue de son séjour à l'école d'Athènes, en 1895, il est nommé professeur au lycée de Saint Quentin. En 1897, il soutient brillamment deux thèses " Les mines du Laurion dans l'antiquité " et " Quomôdo Graeci Collocaverint Portus et Aedificaverint " (en latin dans le texte !) et devient docteur ès-lettres.

Il fut alors chargé de cours, puis professeur à la faculté des lettres de Lille et, en 1904, il abandonne l'enseignement pour l'administration universitaire et devient recteur de l'université de Besançon d'abord, puis en 1908, de celle d'Alger jusqu'à sa mort en 1926. Roger Combel

 
 A propos de Monsieur Ardaillon, Madame Françoise BERNARD BRIES m'a demandé d'utiliser ces données et la photo dans une base importante de généalogie. Elle m'a par ailleurs donné des renseignements complémentaires : Elle avait comme famille les Manegat, les Chatrousse...(Bâtonnier d'Oran).
Je cite :
"Ma Grand mère était une amie de son épouse.. Ma mère fut une amie des deux filles, Louise dite Lili et Mireille.. Moi j'ai joué avec les enfants de Mireille...
Je n'ai personnellement pas connu Monsieur Ardaillon, mais il faisait partie de mes souvenirs d'enfance, ma mère ayant usé ses tabliers avec ses filles Louise dite Lili et Mireille ! Il était très sévère avec ses filles. Louise épousa un parisien, H.Granier Defferre et donna naissance à .... Pierre Granier-Defferre !"
 
 
 
 
 
 

DISCOURS D'USAGE DE FIN D'ANNEE
 
prononcé par Monsieur de SOLA, professeur certifié d'espagnol,
lors de la distribution des prix le 30 juin 1954
 
Monsieur le Président,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Elèves, mes jeunes amis,

 
 
Je ne vous cacherai pas avoir été très embarrassé en apprenant que j'étais désigné pour prononcer le discours d'usage à cette distribution des prix de notre Collège. De quoi allais-je vous entretenir ? Quel thème choisir ? Ma qualité d'hispanisant, le fait que nous vivons ici sur une province qui est une véritable marche linguistique, un état frontière entre le monde du français et celui de l'espagnol, les discussions, travaux et essais concrets que suscite un peu partout, à l'heure actuelle, le problème du bilinguisme, tout m'invitait à saisir l'occasion qui m'était offerte pour traiter aujourd'hui devant vous un sujet d'ordre linguistique comme, par exemple " le Français en Oranie ". J'aurais essayé de montrer ce que le français oranien doit à l'espagnol autant dans le domaine du vocabulaire que dans ceux de la phonétique et de la syntaxe. C'était là un sujet bien tentant, je l'avoue, mais il eût exigé de nombreuses confrontations, des rapprochements, des comparaisons et, partant, de la part de mes auditeurs, de tous mes auditeurs, une connaissance assez sérieuse de la langue de Cervantes. Aussi l'ai-je abandonné très vite.
 
Le linguiste n'ayant plus son mot à dire, c'était à l'homme, à l'homme seul qu'incombait le soin de choisir le thème de cet exposé. Et l'homme que je suis ne pouvait échapper à ses souvenirs alors qu'on lui demandait de s'adresser, solennellement, à un auditoire de jeunes collégiens.
Car lui aussi avait vécu dans cette même enceinte, dans ce même collège alors flambant neuf ; lui aussi avait promené ses rêves et ses espoirs d'adolescent sur ces mêmes galeries ; il avait, lui aussi, suivi les rues d'Oran pour venir tous les jours boire le lait de la science que ses bons maîtres lui offraient ici même ; il revoyait les sorties tumultueuses, les réunions dans la cour pour la lecture de sanctions graves ou de communications importantes. Il était, comme la plupart d'entre eux, fils de cette terre âpre et passionnée, si attachante et si virile, et il se dit qu'il convenait peut-être de les entretenir d'un sujet qui les touchât de près, de très près. Et c'est pourquoi, Monsieur le Président, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, j'ai pensé vous parler durant quelques instants de l'Oranie, cette nouvelle province française et de l'Oranais, ce type humain de Français si particulier.
Je sais qu'aussitôt une objection jaillit en votre esprit et que vous voudriez pouvoir vous écrier : " Mais existe-t-il vraiment cet Oranais ? En quoi l'Européen de ce coin d'Afrique du Nord est-il différent des autres ? Croyez-vous que le Français d'Oran et d'Oranie réunisse assez de caractères spécifiques pour que l'on puisse brosser son portrait et pour qu'il apparaisse bien différent du Parisien, du Bordelais, du Lorrain ou du Breton ?
Eh bien, oui, je le crois ; Et vous aussi, croyez-le. Vous tous qui avez voyagé en Métropole ou ailleurs le savez bien. Vous êtes à Paris ou à Lyon, pour ne pas dire à Lille ou Orléans. Entrez dans un restaurant, par exemple. Il y a là, à une table, deux messieurs. Ils sont bruns, très bruns ; de taille moyenne ; leur tenue est soignée, avec même quelque coquetterie ; les cravates, choisies avec goût encore qu'un peu criardes, les complets de bonne coupe. Ils parlent haut, rient sans trop de discrétion s'il fait beau ; car si le jour est à la pluie, ils ont plutôt la mine longue et le front malheureux ! Ce sont des Oranais, n'en doutez point. Ecoutez-les parler : ils ne savent presque pas différencier les on des an ; ils roulent les r, ni comme les Espagnols, ni comme les Toulousains. Et ne viennent-ils pas soudain de lancer un " pô, pô, pô" sonore suivi d'un " Tché " ibérique qui fait presque claquer la langue ? Et puis leurs mains, regardez leurs mains : elles parlent, ponctuent, soulignent, esquissent, jaugent, méprisent, gonflent l'épithète ou l'amenuisent, supplient en duo ou font cavalier seul pour jouer leur rôle, et quel rôle ! Oui, il existe, cet Oranais, indéniablement, et il y aurait des pages savoureuses à écrire sur lui !
 
Et comment n'existerait-il pas, Mesdames, Messieurs, ce type oranais alors que tant de facteurs ont présidé à sa formation ? Dans la mesure où le milieu physique, le milieu social et l'histoire interviennent dans la formation de cette synthèse, surtout affective qu'est le caractère l'on peut s'expliquer l'existence d'un groupement d'hommes unis par des liens assez sûrs pour leur avoir conféré cette individualité, cette singularité sans laquelle on ne peut parler de caractère. D'où vient-il donc cet Oranais? Comment est-il né ?
 
Me permettrez-vous, alors, d'avancer quelques chiffres qui, mieux que les notes, mettront en relief la physionomie si particulière, du point de vue ethnique, de ce coin ouest de l'Afrique du Nord ? Me pardonnerez-vous quelques aperçus d'ordre historique ? Ces chiffres et ces aperçus ne concerneront que la seule ville d'Oran pour la raison bien simple qu'il eût été difficile et très long d'obtenir des renseignements pour l'ensemble de l'Oranie dans ce domaine. Mais les conclusions que nous pourrons tirer de l'examen de la ville d' Oran sont assez riches, je crois, pour justifier notre choix et nous permettre quelque généralisation.
 
Fondée, dit-on, en 903 par des marins andalous sur l'ordre des Ommeyades d'Espagne, sur cette terre berbère qui avait déjà connu l'occupation romaine et assisté au débarquement de plus de 80.000 Vandales, véritable armée du meurtre et du pillage, Oran allait entrer dans l'histoire mouvementée de la Mauritanie, être prise et reprise, détruite et ressuscitée au cours des siècles. Berbère pendant 700 ans, espagnole de 1509 à 1708, elle vivra en perpétuel état d'alerte devant l'incessante hostilité des Turcs qui viennent jusques aux portes de Raz-el-Aïn détrousser les lavandières ou les imprudents attardés extra muros ; dans ses murs vivent quelques 4.000 personnes, soldats, gens condamnés aux galères, gens de qualité tombés en disgrâce, détenus et bannis. Turque en 1708, elle redevient espagnole en 1732, mais la vie y est impossible pour les Espagnols et, par surcroît , un tremblement de terre en 1790 fait plus de 3.000 victimes ; alors l'évacuation de la ville est décidée et s'effectue deux ans plus tard. Quand les troupes françaises entrèrent à Oran en Janvier 1831, toutes les familles indigènes avaient évacué la ville où ne restaient que 2 500 juifs et 250 musulmans, surtout nègres et Turcs
Mais très vite la population d'Oran va s'accroître dans des proportions dignes des meilleures villes-champignons pour devenir en moins d'un siècle la ville de 260.000 habitants qu'elle est aujourd'hui.
En 1832 vivaient ici 4.300 personnes ; en 1872, c'est-à-dire 40 ans après, il y en a 41.130 soit dix fois plus, et quelques trente ans plus tard, au début du vingtième siècle, Oran prend place parmi les villes de plus de 100.000 habitants. En 1936 elle en comptera 200.000. Il me plaît de souligner cet accroissement de la population, parce qu'il met en relief la vitalité extraordinaire de notre cité et celle de l'arrière-pays. Mais j'y vois bien plus. Oran apporte la preuve que la diversité des éléments ethniques n'est pas un obstacle majeur à la vie en commun dans l'ordre et la prospérité, bien au contraire.
 
Une autre remarque intéressante est-celle-ci : si c'est le peuplement européen qui comme on l'a démontré, a contribué pour la plus grande part à l'accroissement de la population oranaise, si Oran est la plus européenne des villes algériennes, c'est aux Espagnols surtout qu'elle le doit. Et c'est un lieu commun d'affirmer que la population oranaise est imprégnée dans une large proportion de sang espagnol. En 1931 on estimait que la population espagnole (j'entends par là l'ensemble des personnes ayant conservé leur nationalité d'origine) représentait plus des 24/100 du total des Européens d'Oran. Si l'on ajoute qu'à cette date-là, 41 % de la population européenne était constituée d'Espagnols naturalisés Français, on en déduit que la Péninsule Ibérique a fourni les 65 % de la population venue d'Outre-Mer à Oran.
 
*****
Mais c'est ici, sur ce point particulier que je voudrais attirer votre aimable attention. Oui, certes, de tous les éléments ethniques présents, c'est bien l'espagnol qui donne la dominante. Mais je veux aussitôt affirmer que nulle part ailleurs dans l'Union Française l'assimilation d'éléments étrangers à la civilisation française ne s'est faite aussi rapidement, nulle part ailleurs elle n'a été aussi complète, aussi profonde. Vous m'excuserez d'apporter encore quelques chiffres à l'appui de ce que j'avance. Il est indéniable que la naturalisation est un pas sérieux dans la voie qui mène à l'assimilation. Eh bien jugez-en :
En 1833, il y avait à Oran 8 Espagnols pour 10 Français En 1849 ils étaient 30 pour 10 Français.
Paraît en 1889 la loi sur la naturalisation et en 1911, il n'y a plus dans notre ville que 6 Espagnols pour 10 Français. En 1930, notez-le bien, on ne compte plus que deux Espagnols pour 10 Français et aujourd'hui 1 pour 10. Et si nous tournons nos regards vers l'avenir il est significatif que sur les bancs de nos écoles primaires publiques ouvertes à tous les enfants sans distinction de nationalité, il n'y ait qu'une proportion infime d'enfants espagnols.
L'individu qui change de nationalité n'est pas acquis ipso facto aux idéaux, aux moeurs, à la civilisation en un mot, du pays où il sollicite une place, je le sais. Seuls le temps, l'école, le commerce quotidien des nationaux peuvent y conduire. Mais d'une manière générale, l'espagnol venu à Oran n'a pas sollicité sa qualité de citoyen français dans un but bassement intéressé. Il appartenait la plupart du temps à la classe ouvrière ; il pouvait jusqu'à ces dernières années encore, dans un pays comme celui-ci trouver sa place au soleil sans qu'une législation tracassière vînt compromettre son embauchage ; on avait besoin de ses bras, il les prêtait. La terre natale n'était pas loin ; quelque voyage au village de ses pères, un séjour auprès de parents restés en Espagne, des contacts répétés avec des éléments venus de la Péninsule auraient pu, malgré lui, maintenir l'amour sacré de la patrie traditionnelle. Mais non ; l'Espagnol venu à Oran, un beau jour, décide d'entrer dans la communauté française. Pourquoi ? Pourquoi cette fièvre de naturalisations, cet élan d'engagements quand, en 1914, le tocsin appelle aux armes ? L'on voit alors, à Oran et en Oranie, des familles entières venir grossir les rangs de l'armée française (je dis bien les rangs et non les cadres), et si le père a conservé encore sa nationalité d'origine, ses trois ou quatre fils, ( car les familles espagnoles sont prolifiques ) serviront dans les zouaves ou dans les tirailleurs algériens. Et les monuments aux Morts que chaque ville ou village oranien érige après la tourmente apportent le témoignage impérissable de ce don total et combien désintéressé des Ibériques à la France.
 
Si nous essayons de trouver les raisons de cette affection pour la France nous ne pouvons retenir celle de la communauté de race. L'espagnol est un latin, l'Espagnol est un méditerranéen, certes ; mais, à l'autre bout de l'Afrique du Nord, d'autres latins fourniront la preuve qu'elle ne suffit pas, cette communauté, à tout expliquer. Le voisinage alors ? Encore moins.
En fait nous pouvons les trouver, ces raisons, dans la situation politique agitée que connut l' Espagne durant tout le 20è siècle. La fuite, facilitée par la proximité du hâvre oranais et par la perspective de ne pas se sentir tellement dépaysé ici, fut souvent la solution qu'adoptèrent les Espagnols des provinces du S-E qu'un régime par trop autoritaire tracassait. Et puis aussi dans la réputation de bien-être relatif dont jouissait notre Oranie dès les premières années de l'occupation française. La vie a toujours été dure pour le pauvre Espagnol dans ces régions d'Alméria ou d'Alicante où le sol est souvent ingrat. Alors on quitte le village avec ou sans bagages ; un parent a déjà ici obtenu une place pour le nouveau venu au chantier ou à la ferme et la vie sourit au réfugié qui, habitué à la souffrance, à la chaleur et aux privations, supporte allègrement sa vie de salarié pourvu qu'elle lui apporte la paix et la sécurité. Et puis il respire dans un climat de liberté qui lui rend 1a vie douce ; l'Espagnol d'Oran apprécie la largeur de vues, la bonhomie ( dont il se moque d'ailleurs quelquefois ), l'esprit tolérant des institutions françaises ; il est bien reçu partout, à la Mairie, à la Préfecture, à l'hôpital. Il continue de parler sa langue, fête la St Jean, la mouna et le 15 Août, Tout est pour le mieux ! Il amène d'ailleurs les autres européens à aimer ce qu'il aime ; il sent chez eux une sympathie qu'il leur rend bien. Et ainsi, sur la chaîne des jours, se tisse une affection solide, une communauté d'idées et de sentiments qui font de cette terre africaine une vraie province française. Et quelques décades ont suffi pour que nous trouvions, installés aux meilleurs postes de l'intelligence, du savoir ou de l'administration, les fils de ces ibériques expatriés à la fin du XIX° siècle ou au début du XX° siècle.
L'Oranie a donc été et continue d'être, M. le Président, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, ce remarquable creuset d'hommes venus des quatre points cardinaux, Français de la Métropole, Espagnols, Musulmans, Juifs, Italiens, Marocains. Et ceci n'est pas une des moindres raisons pour que nous lui accordions non seulement toute notre indulgence et excusions ses erreurs mais aussi une sympathie toute particulière.
 
*****
 
Laissez-moi, pour conclure, m'adresser à ces jeunes oranais qui m'écoutent, laissez-moi m'adresser à ce jeune collégien qui prépare, ici, l'avenir de ce pays. Je veux lui dire ceci :
" Bientôt la vie, la Vie avec un grand V va faire de toi un homme. Elle te placera face à de graves problèmes. Pour trouver la solution à ces problèmes il te faudra toute la lumière de ton intelligence et toute la chaleur de ton coeur aimant.
Ouvre grand tes yeux sur la Réalité ; n'accepte aucune oeillère, aucun voile, aucun préjugé ; regarde tout de tes grands yeux d'adolescent naïf.
Cultive la loyauté qui est la fleur de vérité, la vertu de l'homme de pensée, accepte le réel tel qu'il est. Hais le mensonge car qui ment s'isole, se met à l'écart des autres hommes et sache que tu ne peux rien sans la chaleur fraternelle qui émane de tes compagnons.
Laisse-toi guider en toute chose par tes élans, tes impulsions, lesquelles, indéniablement, t'appellent vers le bien ; car tu es bon. Cultive la générosité, car tu ne seras vraiment toi-même qu'en te donnant, qu'en faisant le don de toi. Etre généreux c'est (et l'étymologie est là pour nous le rappeler) se sentir près de sa race d'homme, de son espèce. N'oublie jamais que tu es un homme, un être de chair et de sang, un être de sensibilité surtout, et que c'est par elle, par elle seule bien souvent que tu gagneras la sympathie et l'amour de tes compagnons. Aussi bien laisse parler ton coeur ; ne refrène pas cet élan spontané qui te faisait tendre la main à l'affligé, dire deux mots à celui qui souffre ; il n'y a pas de honte à être bon ; écarte l'égoïsme, ce vice majeur ; ne vieillis pas, reste naïf et tendre et tu connaîtras la douceur ineffable de l'amitié.
 
Mais il te faut plus. Cultive l'enthousiasme qui seul, t'apportera la joie de vivre. Tu dois cela à la mémoire de tes aïeux. N'oublie pas que tu es fils de pionniers, de gens qui n'hésitèrent pas à quitter leur coin de terre française ou espagnole pour tenter l'aventure africaine. Oh, ne souris pas ! C' était une aventure il y a quelques années à peine. Demande donc aux vieillards qui sont venus enfants ici comment on y vivait alors. Tu n'es pas fils de pantouflards, mon ami ; tes aïeux aimaient le risque. Ils savaient cultiver le courage, le vrai et ils savaient joindre au courage ce contrôle du courage qui situe l'homme. Sois digne d'eux. Leur tache fut difficile et ingrate, toute faite de soucis matériels, d'illusions perdues et retrouvées, de luttes et de déceptions. Au fond c'est surtout contre la nature qu'ils se sont battus. Il faut beaucoup leur pardonner eu égard à ce qu'ils ont fait ici, ils nous ont donné ces routes, ces vignes, ces bois, ces barrages, ces installations portuaires qui sont notre orgueil à tous.
Le destin t'a appelé sur cette terre oranaise et ta mission est bien plus riche, bien plus difficile aussi que la leur, bien plus lourde que celle qui incombera à tout autre jeune Français de la Métropole. Il appartiendra demain, quand tu prendras à ton tour les leviers de commande, toi, futur député, toi futur colon, toi, futur administrateur, toi, haut fonctionnaire, de faire que cette terre soit plus fraternelle, plus riche en sens de l'humain, plus généreuse et plus juste. Et c'est sur toi que reposent nos espoirs, c'est sur toi que nous comptons pour que se fasse dès demain l'union des esprits et des coeurs et des bonnes volontés. Car si on a souvent dit que l'homme cultivé est celui qui a conscience du passé, pour moi l'homme cultivé est celui qui sait déchiffrer le monde neuf ; et le monde neuf, le monde de demain doit être celui, où enfin, l'homme deviendra le centre des préoccupations de l'homme, celui où l' amour de l'homme primera l'amour des biens matériels.
Une jeune armée se lève, ami, sur cette province puisque sur les 9 millions 1/2 d'habitants que compte l'Algérie, vous êtes plus de 5 millions qui n'avez pas encore vingt ans, 5 millions d'enfants et d'adolescents. Quelle richesse ! Prends place dans les rangs de cette armée, courageusement. Apportes-y cet esprit de tolérance que tu as vu mettre en pratique ici, dans ce Collège ; recherche toujours ce qui peut te rapprocher des autres hommes et oublie ce qui risque de t'en séparer.
 
L'avenir est à toi, mon jeune ami, et puisque nos actes sont les fleurs de nos pensées, fais que sur cette terre de lumière et d'azur fleurissent enfin et à jamais la justice et la bonté.
 
 
 

 MON PRIX D'ORTHOGRAPHE ET DE GRAMMAIRE
 
 
   

 J'ai reçu le 1er prix d'Orthographe et de Grammaire, avec comme récompense un livre de la bibliothèque verte dont le titre était "Contes des mers du Sud" de Jack London et dans lequel le certificat ci-contre était inséré.

J'ai "poursuivi" ce Prix depuis la classe de 6ème. D'année en année à très peu de choses près, nous nous retrouvions à peu près les mêmes élèves en changeant de niveau.
Je l'ai chassé d'arrache-pied en étant d'abord accessit, puis 2ème prix et en l'arrachant enfin à celui qui m'avait précédé l'année d'avant : Amsellem André.

Nous faisions, ceux qui étaient en tête en cette matière, le compte des points à chaque composition. André et moi étions ex-aequo à l'avant-dernière épreuve et c'est avec jubilation que je constatai le quart-de-faute du tenant du titre qui me donnait la victoire, car j'étais sûr d'avoir 20/20. Le suspense dura jusqu'à la dernière minute, car le professeur (habitude de ce temps-là) rendait les compositions en commençant par les derniers !

Ce challenge se faisait dans la bonne humeur et personne ne gardait la moindre rancune.

 
   
 
 
 

 EN VRAC
 
 
Madame ESTRADE, professeur de dessin
 
Plus loin que les classes de sixième, au dessus de l'administration, se trouvait la classe de dessin.
Madame Estrade était la seule professeur de dessin. Elle faisait toutes les classes.
Elle gardait toujours son self-contrôle et passait parmi nous, digne et souveraine dans son beau tablier blanc, dardant un œil de lynx sur le petit trait de travers.
Les bavards récoltaient une autre sorte de punition que des lignes : apprendre et réciter une fable !
Le cours suivant se passait normalement, mais juste à la sortie, quand on pouvait croire qu'on avait été oublié, on était sommé de réciter "sa fable". Si on ne l'avait pas apprise, pas d'énervement : on en avait deux pour la fois suivante.
Madame Estrade avait un petit accent, pour nous qui croyions que nous n'en avions pas. Ce fut bien plus tard qu'on le retrouva dans le sud-est de la Métropole.
 
Le ciné-club
Le ciné-club se trouvait dans les sous-sols. Pour y avoir accès il fallait payer un abonnement.
On y passait bien sûr que des films édifiants. C'est là que j'ai vu un film sur Henri Dunant le fondateur de la Croix-Rouge, film qu'on a repassé à la télévision très récemment (2007)
Les séances avaient lieu le soir, un jour par semaine, je ne sais plus lequel. L'Ecole était presque vide et les couloirs déserts. C'était un peu impressionnant pour les enfants de notre âge.
J'ai vu deux ou trois films et j'ai abandonné.
 
 
 
Source : Echo de l'Oranie (La statue est de Paul Belmondo)
 
Source inconnue. Droits réservés.
 
 
 
Classe de 6ème moderne 1 en 1950. Je suis le 5ème à partir de la gauche au 2ème rang.
 
 
 
Classe de 2ème commerciale année 1953/1954 (source André Sotto)
Quelques noms : 3 = Monique TAPIERO - 5 = Cyrille RIERA, professeur de compta et droit - 7 = Yvette BOUCHET - 12 = Claude ONTENIENTE -
19 = Simonne AMSALLEM - 21 = Renée GIVORD - 27 = DARMON - 29 = Claudette BIZARD - 32 = René MOTTET - 35 = Roger ONTENIENTE -
36 = Jacques DUQUESNAY- 40 = Edgard ATTIAS - 42 = Henri CHOUKROUN - 44 = François SALAS -
45 = Eugène CASTAÑO - 46 = Alfred MARTINEZ - 47 = Claude BONIFACIO - 49 = Gérard NAVARRO - 51 = Christian PALENZUELA.

 
 
 
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