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HISTOIRE de L'HOSTELLERIE DE LA DEVINIERE à PARIS
et des héros de Michel Zévaco au XVIème siècle
Edgard Attias
 
 

Découverte de La Devinière

Destruction de la Devinière

Le logis Pardaillan

Le Logis Pardaillan devient hospice

Plan de l'auberge

Localisation de l'auberge de la Devinière, dans la rue Saint-Denis

Recherches sur une localisation alternative avec cartes et plans

 
 
 
 
 
Les auteurs de romans historiques possèdent un pouvoir magique : celui de faire coller leurs intrigues aux méandres de l'Histoire. Et on ne peut que les suivre lorsqu'ils concluent le récit de leurs aventures extravagantes en expliquant que celles-ci n'ont pas retenu l'attention des chroniqueurs tant si elles étaient connues, elles pourraient nuire à la paix du royaume. (Exemple dans les Pardaillan : l'empoisonnement de Louis XIII en 1643.)

Les guerres de religion et la Saint-Barthélémy sont un cadre de choix pour ces auteurs. Les guerres de religion débutent en 1562 et s'achèvent en 1598. L'édit d'Amboise (1563) et la paix de Saint-Germain (1570) n'empêchent pas que se produisent affrontements et persécutions. Le massacre de la Saint-Barthélémy a lieu en 1572.
Henri II, fils de François Ier, est roi jusqu'en 1559. Catherine de Médicis, sa veuve, assure la régence jusqu'en 1564. Son fils François II meurt prématurément. Son autre fils, Charles IX, règne jusqu'en 1574 et Henri III lui succèdera.
Les aventures du chevalier Jean de Pardaillan s'étendent de 1553 à 1570.
- Il demeure dans une assez belle chambre située tout en haut de l'hôtellerie de La Devinière, rue Saint-Denis.
Quarante ans plus tôt, Rabelais a ainsi baptisé le lieu, devenu une auberge appréciée par les poètes de La Pléiade : Ronsard, Baïf, Belleau, Dorat, Jodelle et Pontus de Thyard. On assiste d'ailleurs, dans le roman, à une mystérieuse rencontre qui les réunit tous à l'auberge (le septième, du Bellay, est mort en 1560), et à un complot auxquels participent Henri de Guise et Henri de Montmorency.
- Un soir, s'engageant dans la rue de la Tixeranderie
(1) depuis la rue des Francs-Bourgeois, il entend des cris poussés par deux gentilshommes assaillis par des brigands dans la rue Saint-Antoine (rue de Rivoli). Il vient à leur aide. L'un de ces deux gentilshommes est Henri de Montmorency, dont la demeure parisienne est l'hôtel de Mesmes, qui s'élevait sur l'emplacement actuel du passage Saint-Avoie.
(source : Paris vers 1550-1570 (http://www.terresdecrivains.com)
 
(1) Qu'a remplacée la rue de Rivoli au-dessus de la place de l'Hôtel de Ville. La rue de la Tixeranderie rejoignait à l'est la rue Saint-Antoine, à hauteur de la place Baudoyer.
 
 

 

LA DEVINIERE

La première mention de cette fameuse auberge se trouve dans " Nostradamus " dont l'action commence en 1536.

" Une claire et tiède matinée d'automne. Renaud et ses deux amis, Saint-André et Roncherolles, gagnent la rue Saint-Denis, où se trouve l'auberge de la Devinière, fameuse par le vin d'Anjou qu'y introduisit maître François Rabelais et par les mille succulences inventées par le génial Landry Grégoire. " (p 13)
Zévaco doit se tromper : En 1544, comme on le verra plus loin, Landry était encore enfant. A moins que le premier des Grégoire ne se nommât aussi Landry.
"Vers le milieu de la rue des Lavandières, la gigantesque enseigne de l'Anguille-sous-Roche (Chez Myrta), chef-d'œuvre de quelque forgeron génial, s'avançait jusqu'à surplomber le ruisseau.
Ce n'était pas une noble auberge comme la Devinière, par exemple, que fréquentaient, ou devaient fréquenter, des poètes comme Ronsard, Baïf, Jodelle, du Bellay, des artistes comme Germain Pilon, des aventuriers comme le chevalier de Pardaillan."
(p198)
L'action se passe en 1536, donc bien avant que le chevalier de Pardaillan ne soit né (1549). Mais l'auteur précise : " ou devaient fréquenter ". Il le sait, car ce roman a été écrit deux ans après celui de Pardaillan. (Pardaillan : 1907 et Nostradamus : 1909)
Dans " Don Juan ", l'auteur nous fournit des indications sur la date de la création de La Devinière :
Novembre 1539. " Les deux litières, sortant de l'hôtel d'Arronces, chemin de la Corderie, se mirent en route. Rue du Temple, elles se séparèrent, celle qui portait Maugency continuant son chemin vers la Seine, et celle de Ponthus se dirigeant vers la rue Saint-Denis.
Là, presque en face de l'auberge de La Devinière, dans une vieille maison, les deux Ponthus (père et fils) occupaient au premier étage un assez modeste appartement .
Cette auberge venait d'être fondée. Elle était tenue par Maître Grégoire, l'ancêtre de la lignée des Grégoire, qui devait se poursuivre jusqu'à Landry et finir avec Huguette."
 
Recoupements
 
En 1569, Pardaillan loge à la Devinière tenue par Landry Grégoire, fils de Maître Grégoire, fondateur.
"La Devinière a été baptisée ainsi 40 ans auparavant par Rabelais en personne. " (donc 1529)
D'autre part
(page 71), en 1539, Jacquemin Corentin, valet de Don Juan, avait 30 ans :
" Ce nez était d'une longueur si incroyable qu'à trente ans Jacquemin n'y croyait pas encore… "
Il raconte à Don Juan :
(p 75)
" Paris, c'est la rue Saint-Denis. Ce Louvre et autres babioles, c'est la province de la rue Saint-Denis. Né natif de la rue Saint-Denis, je devais nécessairement aboutir à l'auberge de la Devinière qui est la capitale de la rue Saint-Denis. J'en fus le tourne-broche, puis je devins marmiton. Puis je fus admis à servir aux tables de la grande salle.
Il y a treize ans de cela, au temps où sa Majesté François 1er se trouvait en la ville de Madrid prisonnier du roi des Espagnes. Il fut convenu que notre aimé sire François serait rendu à la liberté, moyennant que ses deux fils se rendraient en Espagne comme otages. M. de Lautrec, chargé de conduire les deux princes, me proposa de me faire entrer aux cuisines du prince Henri, comme aide.
Les deux princes et leurs gentilshommes furent traités en prisonniers de guerre, et nous autres, condamnés aux galères fûmes envoyés à Alméria. A Grenade, votre père Don Luis racheta ma liberté et ma vie.
Conclusion : Treize ans auparavant, donc en 1526, - qui est bien l'année où François 1er fut libéré - Jacquemin Corentin à 17 ans, quitta La Devinière où il avait été successivement tourne-broche, marmiton et serveur.
Donc la Devinière existait bien avant 1529, quand Rabelais la baptisa officiellement.
Michel Zevaco se trompe donc quand il écrit (p 58) (en 1539 : Cette auberge venait d'être fondée.)

Personnages célèbres ayant fréquenté La Devinière :

" Le 31 décembre 1539, arrivèrent à la Devinière, Léonor d'Ulloa, fille du Commandeur, escortée par Clother de Ponthus, puis Don Juan Tenorio qui poursuivait Léonor. "

La Reine d'Argot (1544). (p 105)
" Les frères Lubin et Thibaut avaient la même pensée : s'attabler dans quelques honnête auberge, s'empiffrer et régler l'écot par une bénédiction. Or les aubergistes qui acceptaient la bénédiction avec résignation étaient peu nombreux. Parmi eux, au premier rang étaient le digne maître Grégoire et la non moins digne, grassouillette et fort accorte commère, dame Grégoire, fondateurs de l'illustre auberge de La Devinière, sise en plein cœur de la rue Saint-Denis qui était alors considéré comme le cœur de Paris.
C'est à cette même madame Grégoire que maître Rabelais avait fait ce compliment :
" - Madame Grégoire, vous avez le génie de la cocufication. "
Le digne couple avait un fils, gamin chétif et malingre, malicieux comme un singe, qui répondait au nom de Landry, auquel par allusion à sa petite taille, on avait ajouté le surnom de Cul-de-lampe.
Les deux compères se dirigèrent vers la rue Saint-Denis et quelques minutes plus tard ils entraient à la Devinière.
Ils furent servis avec une attention touchante par Landry Cul-de-Lampe qui, en se donnant des airs modestes de petit saint les couvait de ses petits yeux qui pétillaient d'une manière qui n'annonçait rien de bon.
Les deux frères tentèrent de se lever. Ils y réussirent, mais les escabeaux restèrent collés aux frocs. Maître Grégoire n'eut pas de peine à comprendre qu'il se trouvait en présence d'un méchant tour de son fils et se rua pour lui administrer une raclée méritée. Mais celui-ci avait sauté dans la rue, où il exécuta un pas de danse échevelée.
Il faut impossible de les décoller. Mme Grégoire coupa les robes en rond autour des escabeaux et découpa deux grands ronds dans un de ses vieux jupons pour réparer le désastre.

1544 - Thibaut et Lubin sont placés comme garçons de salle à la Devinière. (p 530)

"Triboulet".
L'action se passe entre 1546 et 1547.
Thibaut et Lubin ne semblent pas être restés à la Devinière. (À supposer qu'ils y aient été réellement placés comme garçons de salle) Ils ont dû être rappelés très vite dans leur couvent, pour aller conspirer contre les héros de nos aventures.

Manfred : -… Ai-je cessé d'être l'assidu client de la délicieuse Mme Grégoire et l'amateur intrépide de son petit Suresnes qu'elle débite de ses mains blanches et potelées ? Et s'il faut que j'ajoute quelques pousses nouvelles aux cornes que j'ai plantées sur le front de l'excellent Grégoire, je veux, pour te faire rire, Lanthenay, le transformer en dix-cors. (p 73)

Cette auberge, sise en plein centre de la vie parisienne c'est-à-dire à l'embouchure (contradiction avec "en plein coeur") de la rue Saint-Denis, était tenue par les époux Grégoire : le mari, un peu bilieux et quinteux, gras à lard, toujours flamboyant devant les grands feux de l'âtre immense où rôtissaient des volailles variées. C'était un brave homme, c'est-à-dire s'occupant de vendre son vin le plus cher possible et ne se mêlant de rien au monde que d'augmenter son pécule sou à sou ; la femme, Mme Grégoire, accorte commère à l'œil luisant, admirablement potelée, avec des rondeurs exubérantes sans trop d'exagération, et des fossettes un peu partout : à ses joues, à son menton, aux coudes de ses bras blancs toujours nus.
Le couple Grégoire s'adornait d'un rejeton, âgé d'une quinzaine d'années, en paraissant douze, un peu chétif, malingre, maigre et mal venu, mais malin comme un singe. (déjà décrit ci-dessus)
Il y avait une salle commune, grande, belle, ornée de cuivres, encombrée de tables bien cirées et d'escabeaux sculptés. Mais il y avait aussi d'étroites salles pour les buveurs qui tenaient à s'enivrer dans la solitude.
( p 84)

Les Pardaillan. (Collection Bouquins)
Pardaillan est né en février 1549 (p 243)
" C'était un jeune homme d'une vingtaine d'années " (p 201). L'action se passe donc vers 1569.
Le 26 avril 1553, Jeanne de Piennes avait 16 ans. Elle est enceinte. Loïse est née en octobre 1553. " la fenêtre ouverte laissait entrer le soleil d'octobre (p 171) "
Au moment où se passent les faits, Henri de Montmorency parle de 16 ans écoulés (p 267)
Donc, nous sommes bien en 1569.
Nous retrouvons Jeanne de Piennes dans une pauvre maison de la rue Saint-Denis. Elle habite tout en haut, sous les toits, un étroit logement composé de trois petites pièces.
En face, se dresse une grande maison : l'Hôtellerie de la Devinière.

Jean de Pardaillan habitait depuis près de trois années une assez belle chambre située tout en haut de l'Hôtellerie de la Devinière et donnant sur la rue Saint-Denis.
La Devinière était la première rôtisserie du quartier, renommée dans tout Paris au point que Ronsard et sa bande de poètes y venaient faire ripaille ; la Devinière, ainsi baptisée quarante ans auparavant par maître Rabelais en personne! La Devinière tenue par l'illustre Landry Grégoire, fils unique et successeur de Grégoire lui-même, fameux rôtisseur. Son épouse s'appelle Huguette. (Elle avait 17 ans et Grégoire 22 ans : voir plus loin : "1588 : Huguette avait un peu plus de 33 ans. Quand à Landry, il avait 15 ans en 1547)
 
 
 
 
DESTRUCTION DE LA DEVINIERE

L'épopée d'amour.
Les deux Pardaillan traversent Paris en pleine Saint-Barthélémy. (1572) Ils sont poursuivis.
" Ils ne savaient pas où ils étaient. A un tournant de la rue, les Pardaillan s'arrêtèrent. Tout ce qu'ils purent faire, fut de se retirer à l'entrée d'une étroite allée qui s'enfonçait dans une maison. La bande des loups hurlants arriva à la hauteur de cette allée étroite à l'entrée de laquelle les deux Pardaillan s'étaient postés pour laisser passer la horde. "
(p1025)
 
Kervier portait au bout de sa lance la tête de Ramus, l'inoffensif savant. Le chevalier arracha un pistolet à un grand gaillard et tua Kervier d'une balle dans le front.
" Il y eut contre les deux Pardaillan une ruée féroce. Un cavalier poussa son cheval en avant dans l'allée.
Le vieux Pardaillan se jeta à la bride du cheval, le happa, le fit entrer tout entier dans l'allée. Et l'allée se trouva ainsi bouchée !.. Le cavalier essayait vainement de ramener la bête en arrière, puis il se laissa glisser en arrière et s'enfuit.
Le chevalier avec son ceinturon, avait entravé les jambes de devant du cheval, un magnifique rouan et il reconnut son cheval, Galaor qui n'en ruait qu'avec plus de fureur ; chacun de ses flancs touchait l'une et l'autre paroi, l'allée était bouchée par cette barricade vivante qui se trouvait être en même temps une catapulte.
Les deux Pardaillan s'enfoncèrent vers le fond de l'allée. Une porte au fond de l'allée s'ouvrit et Huguette apparut. Ils se trouvaient dans l'allée de la Devinière.
Le hasard les avait poussés là. Ils entrèrent dans le cabinet noir. Huguette les conduisit dans la salle voisine.
- Par là, dit-elle, en leur montrant un escalier. En haut, vous pourrez communiquer avec la maison voisine, redescendre et sortir par derrière… Vite !...
- Malheur ! gémit Landry Grégoire, mon auberge va être saccagée.
- Maître Landry, dit Huguette avec fermeté, courez chercher ce que nous avons de plus précieux et fuyons, nous aussi!...
- Maître Landry, lui cria le vieux Pardaillan, vous mettrez l'auberge, la casse et l'incendie sur ma note !...
- Je jure que tout sera payé, ajouta le chevalier.
Quelques instants plus tard, la horde des loups pénétrait par la porte de l'allée défoncée, et ne trouvant plus personne, mettait l'auberge à sac et à feu…

Les Pardaillan avaient suivi le chemin indiqué par Huguette, se retrouvèrent dans une ruelle déserte, et, s'élançant au pas de course, atteignirent la rue Montmartre par la ruelle Saint-Sauveur. "
 
Huguette et son mari se rendirent à Provins, pays natal d'Huguette et y demeurèrent environ 3 ans. (p 1072)
(Donc jusqu'en 1575).
(Il y a eu une période de 10 ans où on ne sait pas ce qui se passe)
 
 
 

 

REOUVERTURE DE LA DEVINIERE

Le 18 juin 1585, l'auberge de la Devinière fut rouverte et bientôt se trouva aussi achalandée que par le passé.
 
Retrouvailles d'Huguette et de Pardaillan
"La Fausta" (p 1146) Le lendemain de la journée des barricades (12 mai 1588) donc le 13.
 
Lorsque le chevalier de Pardaillan gravit, non sans une sourde émotion, les quatre marches du perron de la Devinière, et qu'il s'assit dans un coin obscur de la grande salle, l'hôtesse, les bras nus jusqu'aux coudes, le visage tout rose devant la haute flamme claire de la cuisine, les yeux brillants, surveillait deux ou trois rangs de bécassines qui se doraient au feu, tandis qu'un chien de berger à poil rude et fauve, couché en rond non loin de l'âtre, considérait lesdites volailles d'un œil rêveur.
Huguette, la patronne de la Devinière, avait à cette époque un peu plus de 33 ans, mais elle paraissait à peine 26 ans ; sa taille avait gardé sa ligne, ses traits avaient une finesse que plus d'une grande dame leur eut enviée, et ses yeux veloutés, naïfs et tendres s'éclairaient d'un lumineux sourire.
Tout à coup, le chien roux leva le nez et se dressa subitement en reniflant. Il émit un jappement où il y avait une joie folle, puis, remuant avec frénésie son moignon de queue, se précipita comme une flèche dans la salle.
Huguette, une pile d'assiettes dans les bras, pénétra à son tour dans la salle et elle vit Pipeau qui se roulait, tourbillonnait, exécutait mille extravagances et enfin, avec un profond soupir, reposait sa tête sur les genoux d'un homme qui lui parlait doucement et lui prodiguait des caresses.
Huguette s'arrêta net, ses yeux agrandis, fixés sur l'étranger. Elle pâlit.
On entendit un grand bruit de vaisselle brisée ; c'était Huguette qui, pour porter la main à son cœur, venait de lâcher sa pile d'assiettes.
- Mon Dieu ! Monsieur le chevalier, est-ce bien vous ?...
Pardaillan se leva vivement, contempla une seconde l'hôtesse avec un sourire attendri, puis lui saisit les mains, et au grand ébahissement des servantes qui n'avaient jamais vu leur patronne permettre à personne une pareille familiarité, l'embrassa sur les deux joues.


Et comment va-t-il ce bon Grégoire ? demanda le chevalier
- Dieu ait son âme, le pauvre cher homme ! Il est mort, voici tantôt sept ans…
Ils parlaient, comme on dit, pour parler. Huguette examinait le chevalier à la dérobée.
- Vous rappelez-vous, dit-elle, la dernière visite que vous fîtes à la Devinière ? Seize ans, presque… C'était en septante-deux…
 
La Fausta (Volume II) p 50
Fausta se bat contre Pardaillan devant la Devinière.
Fausta s'enveloppa d'un manteau, plaça sur son visage un masque de velours et assura son feutre sur les torsades noires de ses cheveux. Il était trois heures du matin.
- Le jour va bientôt paraître, fit-elle. Il est temps !...
(fin juin ou juillet)
Elle sortit à pied, suivie d'un homme. Lorsqu'ils arrivèrent devant l'auberge de la Devinière, le jour commençait à tomber en nappes confuses.
Le chevalier de Pardaillan dormait de tout son cœur lorsque qu'un laquais vint le réveiller. Il ceignit une bonne rapière, descendit dans la salle commune et aperçut l'étranger qui le pria poliment de l'accompagner jusqu'à la rue.
De l'ombre d'un mur se détacha une apparition masquée.
 
(Pardaillan se bat contre Fausta sans savoir que c'est elle, et jure qu'il ne touchera son adversaire qu'au visage pour faire sauter son masque. Alors, s'apercevant que c'est une femme, il rengaine. Fausta ivre de rage se rue sur lui, mais Pardaillan lui arrache son épée. Elle s'en va en lui demandant d'aller Place de Grève où dit-elle, elle sera vengée.
(Fausta a remplacé par Violetta, l'une des deux Fourcaudes condamnées au bûcher)

Pardaillan sauve Violetta à l'aide des truands, la confie au duc d'Angoulême qui l'emporte, puis fuit pour entraîner les poursuivants à sa suite.
Passant devant la Devinière, il saute de cheval, lequel continue à galoper. Les poursuivants passent en trombe, puis cherchant à s'arrêter, ce fut une mêlée affreuse à deux cent pas au-delà du perron.
(p 84)
Le chevalier avait monté le perron de la Devinière. Il entra, jeta sa rapière et il se mit à barricader l'auberge avec cette sorte de tranquillité qui présidait à toutes ses actions. Il poussa un bahut chargé de vaisselle contre la porte.
Il passa dans la cuisine qui avait aussi une porte sur la rue. Quelques instants plus tard, une armoire bouchait cette porte.
- Mon Dieu, que se passe-t-il ? Qui a barricadé la porte ?
- C'est moi, ma chère Huguette ! dit Pardaillan.
- Vous, monsieur le chevalier !... Oh ! Mais il se trouve mal !...
Pardaillan venait de s'évanouir. Huguette s'élança et soutenant dans ses bras la tête pâle du chevalier, elle le contempla un instant avec une profonde expression de tendresse.
Doucement, elle posa ses lèvres sur le front de Pardaillan évanoui. Ce fut le premier baiser d'Huguette la bonne hôtesse.
Dans la rue, les gentilshommes de Guise se préparaient. Maurevert fait prévenir le duc de Guise et demande des renforts (ils ne sont qu'une vingtaine).
 
 
 
 
 
Déclaration d'amour d'Huguette à Pardaillan.
Il se rend pour éviter de lui causer du chagrin : (p 138)

- Ma chère Huguette, dit Pardaillan, je crois que dans une demi-heure il ne restera pas grand-chose de votre auberge ; une fois encore je vais être cause d'une grande destruction chez vous… Ce sera la dernière !
Huguette se mit à pleurer.
- Huguette ! Ma chère Huguette, j'exagère… Voyons, ils en auront pour une heure à démolir tout cela… Pendant cette heure-là, nous allons essayer de battre en retraite, nous trouverons bien un moyen ! Sinon, il faut chercher un recoin où vous puissiez vous cacher, tandis que je tiendrai tête à ces furieux. Moi pris, ils ne pousseront pas plus loin les recherches.
- Vous pris ! murmura Huguette. Vous mort, que deviendrai-je, moi ?...
Elle reposa sur la poitrine du chevalier sa tête charmante.
- Pardaillan, dit Huguette très doucement, laissez-moi mourir avec vous, puisque je n'ai pu vivre avec vous. Mon pauvre coeur, depuis des années, porte votre image et votre souvenir. Je n'espérais rien. Je savais que vous adoriez Loïse morte, comme vous l'aviez aimée vivante. Seulement, quand vous étiez-là, je vous regardais, et cela suffisait. C'était ma part de bonheur, humble part, mais cela m'ensoleillait l'âme. Quand vous n'étiez pas là, je vous attendais. Car je savais bien que si loin que vous eussent porté votre désespoir, si longtemps que vous fussiez absent, je vous verrais un jour mettre pied à terre devant ce perron, et me sourire de votre bon sourire. Je me disais : " Il pense à la bonne hôtesse. Il sait qu'ici il trouvera toujours un réconfort et une consolation... " Et je vivais ainsi dans une pensée très douce où il y avait seulement, tout au fond de moi-même, une joie à songer que nulle femme au monde ne saurait comme moi pleurer avec vous sur Loïse morte, et refléter en bonheur vos moments de sourire...
Pardaillan tout pâle écoutait la voix brisée de larmes qui lui rapportait le premier aveu d'un amour qu'il connaissait depuis de longues années. Huguette, elle, n'écoutait que son coeur qui enfin osait se révéler et parler tout haut après avoir parlé si longtemps tout bas.
- Vous voyez, Pardaillan, que votre vie, c'était ma vie. Vous vivant, même prisonnier comme vous le fûtes jadis à la Bastille, je serais tranquille. Je me dirais : " Sûrement, il en sortira. S'il n'en trouve pas le moyen, je le trouverai, moi... Mais non... vous allez mourir ! Votre air et vos préparatifs me disent assez que vous êtes décidé à vous faire tuer...
- Décidé à me défendre, voilà tout. Croyez-vous que ce soit si agréable d'aller à la Bastille ?
- Non, Pardaillan ; mais on sort de la Bastille, on ne sort pas du tombeau... C'est donc bien grave ce que vous avez fait?
- Pas grave du tout. Je n'ai rien fait, moi. J'ai simplement empêché de faire. Mais je vous avoue que les huit ou dix mois de prison que j'ai mérités m'effraient, et j'aime mieux risquer tout pour tout.
Pardaillan, en parlant de prison, était sublime. Son regard pétillait de malice, et le sourire de ses lèvres, ce que l'hôtesse appelait si justement son bon sourire, exprimait une pitié attendrie qui étonnait sur ce visage.
- Risquer tout pour tout, reprit Huguette, c'est donc que vous allez mourir ! Pardaillan, laissez-moi mourir avec vous. Je m'irais enfermer dans la cave pendant que ces furieux vous chargeraient ! Et j'entendrais la bataille... et vous pensez que j'attendrais tranquillement que tout soit fini ! Je vous dis que si vous mourez, je n'ai plus rien à faire dans la vie. Laissez-moi vous dire... Je ne puis rien être pour vous, et vous êtes tout pour moi. Je ferais affront à la mémoire de madame Loïse et à moi-même si je disais que je vous aime. Supposez que je suis pour vous une soeur qui, ayant tout perdu, n'a plus que vous au monde, ou mieux... une mère.
Les sanglots l'empêchèrent de continuer.
- Assez, Huguette ! dit Pardaillan d'une voix tremblante. Vous n'êtes ni une mère, ni une soeur pour moi. Vous êtes celle que j'ai le plus aimée après le pauvre ange que j'ai perdu... Vous êtes celle que choisirait mon coeur si ce coeur n'était mort en même temps que Loïse... Vous ne mourrez pas... et je ne mourrai pas ! ... Allons, séchez vos larmes qui rougissent vos beaux yeux... Corbleu, ma belle hôtesse, je veux plus d'une fois encore venir goûter au bon vin de vos caves et au vin plus doux encore qui coule de vos lèvres... Huguette, quand je me serai tiré de cette sotte affaire... quand je sortirai de prison... préparez-moi la chambre que j'habitais là-haut... Nous vieillirons ensemble en causant, les soirs d'hiver, de M. de Pardaillan, mon père, qui vous aimait tant...
Pardaillan s'était mis à se promener, sans fièvre apparente. Pendant qu'il parlait, voici ce qu'il songeait.
- Voici donc venue l'heure de payer les dettes de mon père et les miennes à la bonne hôtesse... Ce dévouement, cet amour que les années n'ont pas émoussé et qui ose à peine se révéler, oui, cela mérite de ma part un effort. Pauvre Huguette! Pour tant de délicate tendresse, humble et sublîme, tu ne demandes que le droit de ne pas mourir de chagrin. Hélas ! il n'est pas en mon pouvoir de t'éviter cette douleur, car les loups qui hurlent dans la rue veulent ma mort... mais je puis du moins t'éviter l'affreux spectacle de mon corps déchiré sous tes yeux... "
Il tira son épée et la brisa sur ses genoux.
- Vous le voyez, ma chère, je cède à vos bons conseils ; je vais me laisser arrêter. Je veux vivre, Huguette !... Parce que vous venez de me prouver que la vie peut être encore belle et douce pour moi ! Attendez-moi donc, paisible et confiante... je vous garantis que je ne moisirai pas dans leur Bastille ! ...
Pardaillan démolit l'échafaudage et ouvrit la porte. Il se tourna vers Huguette, souleva son chapeau d'un grand geste, et dit en souriant :
- Au revoir, ma bonne hôtesse... à bientôt!...
Et s'étant couvert, pâle et flamboyant, il descendit le perron. Les gardes, les archers, les arquebusiers, les gentilshommes à cheval, Guise au milieu d'eux, la foule aux fenêtres, tout ce monde qui hurlait avait fait soudain silence, et dans ce silence de stupeur, on vit Pardaillan, avec ses vêtements déchirés et sanglants s'avancer vers le duc de Guise. A mesure qu'il avançait, on s'écartait. Seul, sans armes, il paraissait encore formidable.
Il s'arrêta devant le duc, et dans ce grand silence, on entendit sa voix ferme, un peu ironique :
- Monseigneur, je me rends !...
- A la Bastille ! gronda le Balafré.
Huguette, à genoux dans la grande salle de la Devinière, murmurait :
- Maintenant, c'est à moi de le sauver!...
 
 
Pardaillan s'évade de la Bastille à la faveur d'une leçon d'escrime avec le Gouverneur du lieu, Bussi-Leclerc qui voulait prouver qu'il était meilleur escrimeur que lui.
On le retrouve dans le volume suivant : Fausta vaincue entrant à la Devinière avec Charles d'Angoulême.
(p359)

" Ils arrivèrent sur le coup de midi, à l'heure où la grande salle était encombrée de buveurs et de dîneurs.
Huguette était dans la cuisine. Elle était fort pâle et triste. Elle croyait Pardaillan toujours à la Bastille. Une tentative pour le sauver avait échoué et elle discutait avec elle-même des chances qu'elle avait de sauver le chevalier et elle essuyait du coin de son tablier ses beaux yeux rougis de larmes.
Le flot des dîneurs s'écoula et Huguette passa dans la grande salle pour veiller à ce que tout soit remis en ordre quand elle aperçut tout à coup Pardaillan qui la regardait aller et venir avec un sourire attendri.
- Ah ! monsieur, vous voilà donc libre ! Mais comment avez-vous pu sortir de la Bastille ?
- Mais par la grande porte...

Huguette rassérénée, joyeuse, courait à la cave et en rapportait une vénérable bouteille couverte de poussière.
Pardaillan remplit trois verres et avança un siège.
- Jamais je n'oserai, dit Huguette en rougissant et en jetant un coup d'oeil au duc d'Angoulême.
- M. le chevalier m'a bien souvent parlé de vous, dit Charles. Soyez sûre, dame Huguette que je me tiens pour aussi honoré de choquer mon verre contre le vôtre que contre celui d'une princesse de la cour.

Huguette pâlit de plaisir.
 
Au cours de la conversation, Pardaillan s'étonna qu'elle connût le nom du gouverneur de la Bastille.
Huguette lui raconta sa tentative pour le délivrer : Bussi-Leclerc, au cours de conversations dans l'auberge, avait dit à Huguette qu'il était prêt à se mésallier pourvu qu'elle s'engageât à être une épouse fidèle. Elle était prête à accepter sa proposition pour sauver Pardaillan, mais elle ne l'avait pas trouvé. Il était à Chartres avec la procession de M. de Guise.
- Vous pouvez aller le voir maintenant. Il est là.
- Pour quoi faire, puisque vous voilà libre.
- Au fait... puisque me voilà libre !...

Ce qui étonna le duc, c'était cette simplicité naïve avec laquelle l'une disait son dévouement et avec laquelle l'autre acceptait ce dévouement.
 
 
 
 
 
LE LOGIS PARDAILLAN

Fausta vaincue

Chronologie : (p 667) : Le 2 août 1589, après avoir dîné, Pardaillan franchit le pont de Saint-Cloud et se dirige vers Paris. "Comme le soleil déclinait à l'horizon". Il rencontre Jacques Clément qui va vers Saint-Cloud. Le soleil venait de se coucher lorsque le moine atteignit le pont de Saint-Cloud. Il passe la nuit dans une grange.
Vers 9 heures du matin, (donc le 3 août) Jacques Clément se trouvait devant la porte du logis royal. Il poignarde le roi qui meurt le lendemain 4 août.
Pardaillan, après avoir quitté Jacques Clément, rentre dans Paris le 2 août. Il passe deux jours à l'auberge des Deux Morts qui parlent pour réfléchir. Le matin du 3ème jour, (5 août) il se dirigea vers la Devinière.
(L'encyclopédie indique qu'Henri III a été poignardé le 1er août et qu'il est mort le 2. Zévaco fait une petite erreur de date.)


Il arriva rue Saint-Denis, devant le perron de la fameuse auberge.
La porte de la cuisine était murée. Au lieu de la porte vitrée qui surmontait le perron, c'était une belle porte en chêne plein, ornée de clous. Le perron lui-même était modifié et enrichi d'une belle rampe en fer forgé ; l'enseigne avait disparu ; la maison repeinte avec des fenêtres neuves, avait un air bourgeois des plus cossus. Pardaillan demeura dix minutes tout étourdi et quelque peu chagrin.
- La Devinière n'est plus ! fit-il dans un soupir. Voilà bien la gloire de ce monde !...
Il allait se retirer tout triste, lorsque sur le côté gauche de la belle porte en chêne, il remarqua une plaque de marbre sur laquelle était gravée une inscription. Il s'approcha curieusement et lut ces mots :

LOGIS PARDAILLAN

- Logis Pardaillan ! répéta le chevalier avec stupeur. Ah ça ! J'ai un logis à Paris, moi ? Et je n'en savais rien ? Il faut que j'en aie le coeur net.

Il gravit le perron et heurta le marteau. Une accorte servante ouvrit, l'examina un instant et le pria d'entrer.
Dans la grande salle, une nouvelle surprise le fit cligner des yeux : en effet, si l'auberge n'était plus auberge à l'extérieur, elle l'était plus que jamais à l'intérieur : rien n'était changé à la grande salle. C'étaient le mêmes tables en chêne noirci par le temps avec leurs pieds tordus ; c'étaient les mêmes chaises à dossiers sculptés, les mêmes cuivres accrochés, et au fond la même cuisine, avec le même âtre où flambait un bon feu.
Pipeau, le vieux chien Pipeau se roulait à ses pieds et se lamentait de joie, et Huguette la bonne hôtesse, apparaissait souriante, les bras nus, telle qu'il l'avait vue cent fois et, comme autrefois, elle l'accueillait en lui disant :
- Ah ! Monsieur le chevalier, c'est donc vous ? Vite Margot, une bonne omelette ; vite Gillette, à la cave...
Et Huguette s'avançait les mains tendues vers Pardaillan, qui l'embrassa sur les deux joues.
- Voyons, chère amie, je n'ai pas faim et je n'ai pas soif ; je suis affamé, assoiffé de curiosité, expliquez-moi donc... Vous avez donc fermé la Devinière ?
- Mon Dieu, oui, monsieur. J'ai acquis une honnête aisance, et j'ai pensé... cette idée m'est venue un soir, au coin du feu, en regardant Pipeau... J'ai pensé que je ne voulais pas être l'hôtesse dont le logis est ouvert à tout venant...
- Mais cette salle, demeurée salle d'auberge ?
- C'est, dit-elle, que si la Devinière n'existe plus pour personne, j'ai voulu qu'elle existât toujours et que toujours, moi vivante, elle fût le bon gîte pour quelqu'un qui m'a promis de venir s'y reposer... Monsieur le chevalier, ajouta-t-elle en fixant sur lui ses yeux humides de larmes, Huguette ne remplira plus le verre de personne, si ce n'est le vôtre, ne dressera plus jamais la table, si ce n'est pour vous ; la Devinière n'est plus l'auberge de la rue Saint-Denis, elle est la bonne auberge réservée à vous seul, elle est... le logis de Pardaillan.
 
Cette fidélité, cette constance d'une si folle naïveté, cette touchante délicatesse, cette idée adorable de fermer l'auberge et d'en faire tout de même une auberge réservée à lui seul... et puis l'hôtesse était charmante... et puis Pipeau le sollicitait de ses jappements plaintifs et joyeux... et puis ce coin lui faisait revivre au coeur toute la poésie de sa jeunesse... bref, Pardaillan ouvrit ses bras et Huguette s'y jeta toute tremblante et pleura longtemps.

Un mois plus tard (septembre) eut lieu le mariage d'Huguette et du chevalier de Pardaillan. Si Huguette fut glorieuse, et heureuse, et fière et extasiée d'avoir un tel mari, c'est ce qu'il est à peine besoin d'affirmer. Quant à Pardaillan, il fut assez généreux pour se montrer plus heureux encore qu'Huguette. Il avait accroché sa rapière dans sa chambre, et ce n'est que lorsqu'il était seul qu'un soupir lui échappait parfois, et il était bien forcé de s'avouer que ce bonheur paisible ennuyait un peu le chevalier errant, l'aventurier qu'il n'avait cessé d'être...

Au mois de décembre suivant, Pipeau mourut. Il mourut des suites d'une indigestion, ayant un soir dévoré une dinde que, fidèle à ses vieux instincts de maraudeur, il avait volée dans un placard.
La pauvre Huguette ne devait pas jouir longtemps du bonheur qu'elle s'était créé par sa gentillesse et sa gracieuse constance. A peu près à la même époque, elle gagna un refroidissement et déclina rapidement. Pardaillan s'installa à son chevet, dormant à peine quelques heures par-ci par-là, et soignant la bonne hôtesse non pas même comme un bon mari ou un bon frère, mais comme un amant passionné.
Si bien qu'Huguette eut une agonie merveilleuse de bonheur. Malgré tout, elle avait un peu douté de l'amour du chevalier. En le voyant si désespéré, si empressé aux mille soins, toujours là, toujours s'ingéniant à la consoler, à la faire rire, à lui prouver qu'elle vivrait et serait heureuse, elle ne douta plus, et dès lors, elle fut en effet parfaitement heureuse.
- Ah ! cher ami, murmurait-elle parfois, que ne puis-je mourir cent fois pour avoir cent agonies pareilles !

Elle mourut pourtant, la bonne hôtesse !... Ses jolies lèvres souriantes, le visage extasié de bonheur et d'amour, elle mourut dans un baiser que son cher, son grand ami, comme elle disait, imprima sur sa bouche à l'instant suprême, comme une enfant qui s'endort dans un beau rêve... Le chevalier ferma pieusement ses yeux qui tant de fois lui avaient souri. Il pleura pendant des jours et des jours. Les heures qui suivirent furent pour lui des heures de détresse et de désolation.
Peu à peu, cependant, ces impressions s'atténuèrent. Un mois après la mort d'Huguette, Pardaillan ouvrit le testament qu'elle avait laissé.
" Je laisse mes biens, meubles et immeubles à mon bien cher époux le chevalier de Pardaillan... "
C'est par ces mots que commençait le testament. Le total des biens faisait la somme de deux cent vingt mille livres.
 

 
HOSPICE POUR VIEILLARDS
 
Pardaillan assembla quelques menus souvenirs, notamment un petit portrait d'Huguette, qu'il fit enfermer dans un médaillon d'or. Puis, il se rendit chez le premier tabellion, lui montra le testament et lui déclara qu'à son tour il faisait don desdits biens aux pauvres du quartier Saint-Denis.

L'auberge de la Devinière fut donc transformée en un hospice pour vieillards et indigents.
Pardaillan avait stipulé que la grande salle et la cuisine demeureraient intactes et qu'une partie des rentes serait affectée à la confection quotidienne d'une bonne soupe qui serait distribuée gratuitement aux misérables sans feu ni lieu.
" Je ne pense pas, songeait-il, que ma bonne hôtesse eût voulu faire un meilleur emploi de son argent. "
Ayant ainsi arrangé son affaire, Pardaillan monta à cheval et sortit de Paris.
C'était par une soirée de février (1590) ; un petit vent piquant lui égratignait le visage ; il trottait sur la route, et les sabots de son cheval résonnaient sur la terre durcie par la gelée. Où allait-il ?...
Il ne savait pas... il allait, voilà tout !... Parfois, d'un appel de langue, il excitait son cheval ; il s'en allait au hasard.
 
 
 
OBSERVATIONS
 
Le fils de Pardaillan
21 Février 1590 : L'enfant avait 3 jours. (p 680) Fausta le confie à sa suivante Myrthis.
Il a donc été conçu en mai 1589. Pardaillan avait 40 ans et Fausta 21 ans.
(La Fin de Pardaillan, page 715 : (1614) Pardaillan revoit Fausta : " Pourtant si je sais bien compter, elle doit avoir dans les quarante-six ans… " Fausta est donc plus jeune que lui de 19 ans.)
 
1609 (p122) - Pardaillan demeure fidèle à la rue Saint-Denis, car l'auberge où il a élu domicile se situe dans cette rue.
" L'hôtellerie du Grand-Passe-Partout était située rue Saint-Denis, à l'angle de la rue de la Ferronnerie, entre les Saints-Innocents et l'église Sainte-Opportune.
Le quartier était des plus animés, l'auberge, bien achalandée, passait pour une des meilleures.

 

Topographie de l'auberge

 

 
En haut : à gauche, réduit obscur où se trouve la trappe de la cave à vins
et une porte forte garnie de gros verrous qui donne sur la ruelle.
Au centre, salle avec un escalier qui communique avec la maison voisine.
 
Rien de particulier dans la 3ème salle
 
2ème salle : Pardaillan père prend un repas dans un petit cabinet et par la porte vitrée surveille la grande salle ?
 
Grande salle : La cuisine est à gauche. "Landry, occupé à ses fourneaux dans la rôtisserie, n'avait pas fait attention au nouveau venu, bien que la cuisine située à gauche de la grande salle, il pût voir par une large baie ce qui se passait dans l'auberge.
Elle a une porte sur la rue.
 
A gauche," longeant les 4 salles" une allée ou un grand corridor

 
 
 
 
Porte extérieure de la cuisine :
Pardaillan avant de se rendre, barricade la porte de la cuisine qui donne sur la rue.
(logis Pardaillan) "La porte de la cuisine était murée."
 
Salle 2 :
Lubin et le capitaine pénétrèrent dans une salle où les servantes dressaient le couvert.
Contradiction ?
Pardaillan père, s'apercevant que M. d'Aspremont va recevoir trois notables, dit à M. Landry :
- Faites-moi servir à dîner dans ce joli petit cabinet.
Quelques minutes plus tard, on servait un dîner dans le petit cabinet, et Pardaillan ayant fermé la porte vitrée, constata qu'à travers le léger rideau, il pouvait voir tout ce qui se passait dans la salle.
…le vicomte, placé face à la porte d'entrée tournait le dos au cabinet. "

Salles 3 et 4 :
La salle suivante était vide et donnait dans une quatrième salle où des sièges étaient préparés.
A gauche de cette salle s'ouvrait un cabinet noir. Ils y entrèrent. Une porte massive garnie de deux énormes verrous s'ouvrait sur l'allée qui longe les quatre salles et aboutissait à la rue.
Ce cabinet n'était qu'une sorte de caveau aux murailles en pierre humide. Il communiquait avec l'allée par la lourde porte signalée, et avec la pièce aux sièges par une porte percée d'un judas dont le treillis disparaissait sous une épaisse poussière.
Ce caveau, c'était l'antichambre des caves de maître Landry. Dans le fond s'ouvrait une trappe que fermait un couvercle à anneau de fer.

Placard :
" Vers neuf heures, de manière échelonnée, trois hommes, puis deux, puis trois autres firent leur entrée suivis de six nouveaux personnages. Leur arrivée avait passé inaperçue. En effet, on doit se figurer la grande salle de la Devinière pleine de soldats, d'écoliers, d'aventuriers, de gentilshommes ; ça et là, quelques ribaudes : au milieu, un bohémien qui fait des tours de passe-passe ; les éclats de rire, les chansons, les cris des buveurs, les fracas des gobelets qui s'entrechoquent ; enfin toute l'effervescence d'une taverne bien achalandée à la minute où l'auberge va se fermer et où l'on se hâte de vider un dernier verre.
Dans la salle du fond, le panneau de côté de cette salle faisait vis-à-vis à la porte du cabinet noir par où l'on accédait aux caves. Jean Dorat ouvrit la porte d'un vaste placard qui occupait tout le panneau. Ce placard s'évidait profondément en forme d'alcôve. Au fond de cette alcôve se dressait une sorte d'autel antique en granit rose qui affectait la forme des grandes pierres qui jadis, servaient aux sacrifices. "

Confirmation dernière salle
Trois personnages venaient d'entrer dans la grande salle. Pardaillan père reculait. (de la 2ème à la 3ème salle). Il était repoussé vers le fond de la salle où la porte se trouvait ouverte. Il la franchit et se trouva dans cette salle où avait eu lieu l'étrange cérémonie.
A ce moment il vit une porte s'ouvrir et se précipita dans le réduit obscur où se trouvait l'entrée de la cave d'une part, et de l'autre, la porte du long corridor qui aboutissait à la rue. La porte se ferma à leur nez.
Huguette avait rapidement fait le tour par la rue et le corridor et avait ouvert puis refermé à clef la porte du réduit.
Pardaillan se lança dans le corridor et l'instant d'après, il détalait le long de la rue Saint-Denis, courant vers la Truanderie.

Corridor ou allée
Galaor, les jambes entravées, ruait avec fureur ; chacun de ses flancs touchait l'une et l'autre paroi, l'allée était bouchée par une barricade vivante. Les deux Pardaillan s'enfoncèrent vers le fond de l'allée. Une porte s'ouvrit et Huguette apparut. Ils se trouvaient dans l'allée de la Devinière.
Ils entrèrent dans le cabinet noir, puis dans cette pièce où le chevalier avait assisté à la réunion des conjurés.
Escalier :
Huguette les fait passer par une porte qui s'ouvrait dans cette pièce et qui communiquait en haut des étages avec la maison voisine.
D'autre part, comme au-dessus de l'auberge se trouvaient des chambres, un escalier y menant devait probablement partir de la grande salle.

 

Essai de localisation de la Devinière

La Reine d'Argot .
La Devinière, sise en plein cœur de la rue Saint-Denis qui était alors considéré comme le cœur de Paris.
Nostradamus
Beaurevers : " Ventre du pape ! Il m'en faut cent (écus) à moi tout seul, quand je vais rouler à travers les cabarets de la rue Pute-y-Muce après un bon dîner à la Devinière " (p 141)
(Dans la rue de Pute y Muce, m'en entrai en la maison de Luce " et " trouvai la rue a fauconniers ou pour quelques deniers, femmes pour son corps me soulageait ".
Ce qui est amusant, c'est que la rue Pute y Muce est devenue pudiquement la rue du Petit-Musc…. (Anne Imbert)
 
Les Pardaillan
1) Un soir, le chevalier de Pardaillan sortait d'un bouge de la rue des Francs-Bourgeois.
- Au meurtre ! Au truand ! cria une voix dans le lointain.
- Or ça, les cris viennent de la rue Saint-Antoine. Selon les conseils de mon père, je dois tourner les talons et gagner la Devinière.…..
Il ne tarda pas à arriver rue Saint-Antoine.
- Tiens ! fit-il, j'aurais pourtant juré que j'avais tourné vers la rue Saint-Denis !
(La rue des Francs-Bourgeois est prolongée par la rue Rambuteau qui se croise avec la rue Saint-Denis et la rue Saint-Antoine est bien dans l'autre direction)
 
2) Pardaillan se lança dans le corridor et l'instant d'après, il détalait le long de la rue Saint-Denis.
Les assaillants voulaient défoncer la serrure, alors Huguette ouvrit la porte avec la clef. Les spadassins s'élancèrent, mais Pardaillan était déjà loin, courant vers la Truanderie.
(Les rue de la Petite-Truanderie et de la Grande-Truanderie se trouvent quelques rues plus bas vers la Seine)
 
Elément déterminant
 
Les Pardaillan, se retrouvèrent dans une ruelle déserte, (derrière la Devinière) et, s'élançant au pas de course, atteignirent la rue Montmartre par la ruelle Saint-Sauveur.
La rue Saint-Sauveur va bien en direction de la rue Montmartre. Cette position est plus probable. En effet au §1, Pardaillan atteint la rue Saint-Denis par la rue Rambuteau et remonte la rue. Au § 2, Pardaillan ""détale " le long de la rue Saint-Denis et descend vers la Truanderie.
En se basant sur cette position et compte tenu de la présence d'une allée perpendiculaire à la rue Saint-Denis, on voit sur la plan actuel (avec réserves), d'un côté, le passage de la Trinité et le passage Basfour, de l'autre côté l'impasse Saint-Denis. Le passage de la Trinité donnant sur l'hôpital de la Trinité de même probablement le passage Basfour peuvent être éliminés, d'autant plus qui'ls sont du mauvais côté de la rue pour aborder la rue Saint-Sauveur.
L'impasse Saint-Denis est donc l'hypothèse la plus valable. Elle est très étroite et quand Pardaillan s'enfuit par la maison voisine, il a pu sortir par la rue Dussoubs et se trouver directement dans la rue Saint-Sauveur.
 
 
L'auberge de la Devinière se serait donc trouvée à peu près au milieu de la rue Saint-Denis ce qui correspond à la déclaration de Jacquemin Corentin à Don Juan :
" Paris, c'est la rue Saint-Denis. Ce Louvre et autres babioles, c'est la province de la rue Saint-Denis. L'auberge de la Devinière est la capitale de la rue Saint-Denis.
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