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 LA 12ème COMPAGNIE NOMADE A BOUIRA-SAHARY
 
 
 En janvier 1962, j'étais muté à la 12ème compagnie à Bouïra-Sahary à 40 kms de Paul Cazelles. C'était un peu plus aride et désert...
Pour y aller, il fallait partir de la route de Paul Cazelles et prendre une piste caillouteuse à peine visible en se dirigeant à la boussole (à peu près la direction de l'est-sud-est). Quand le compteur affichait un peu moins de 40 kms, on commençait seulement à voir quelques bâtiments émerger du désert.
La 12ème compagnie se trouvait auparavant à Bordj-el-Khadra et a fait mouvement vers Bouira-Sahary le 17 (ou 18) décembre 1961.
Le 7 décembre 1961, le poste avancé du Guesser Djedid avait été investi par traîtrise et presque tous ses occupants tués. (Pendant la nuit, les sentinelles musulmanes avaient tué les sentinelles européennes et ouvert les portes aux rebelles).
 
 
 
 
On voit bien ici que la piste est orientée ouest-est. On roulait au pas sur une piste interminable en "tôle ondulée."
Un jour, une projection de caillou a perforé le réservoir d'essence.
J'étais en direction de Paul Cazelles, et là-bas, le service auto m'a dépanné en branchant directement la pompe à essence
sur un tuyau qui arrivait à une nourrice pleine de carburant que je tenais sur le siège à côté de moi.
 
 
 
 La partie la plus dangereuse de la piste (événements) était dans ces tournants où se trouvaient, parmi des amoncellements de rochers, les ruines de ce qui est noté sur la carte "maison du caïd" mais que l'on appelait couramment le "marabout".
La piste passait entre les rochers et était propice à une embuscade. C'est ce qui est arrivé un jour à une équipe de terrassiers qui travaillaient à transformer cette piste en route. (Société COLAS). Cela n'était pas du goût des fellaghas de voir des véhicules accéder facilement à leur domaine.
En revenant de Paul Cazelles, je vis leur camionnette criblée de balles. Je m'arrêtai pour examiner les lieux (j'étais armé), puis allai rapidement rendre compte à mon commandant de compagnie. Je sus que cette embuscade où avaient été tués une demi-douzaine d'ouvriers s'était passée la veille vers 9 h 30, c'est à dire à peu près à une demi-heure du moment où j'étais passé à l'aller. Les tueurs devaient être en place et m'ont regardé passer. Je n'étais pas leur cible !!!
 
 
 
 
Quelques vues générales
 

 

Le quartier militaire, un peu sommaire
   
 

  Il y avait une ferme abandonnée, très près du quartier militaire. Quand nous sommes arrivés, mon épouse et moi, nous avions demandé à nous y installer. Ce fut d'abord épique car la cheminée bouchée avait tout enfumé.

Un âne (d'où sortait-il ?) paissait dans l'enclos, et la nuit nous l'avons entendu faire pas mal de bruit. Au matin, nous le trouvâmes couché. En s'approchant, nous vîmes qu'il était égorgé. Ce fut la seule nuit que nous avons passée dans cette ferme...

 
 
La ferme et son enclos
Ici on voit l'entrée de la ferme, à droite.
Au dessus du quartier, se trouvait un bordj fortifié où se trouvait la S.A.S. La situation devenant très vite dangereuse, la nuit, il ne restait dans le quartier que les effectifs servant à monter la garde. Les autres étaient repliés dans le bordj avec aussi une garde et des rondes de nuit, d'autant plus sérieuses que nous avions été renseignés sur le fait que des éléments de nos effectifs étaient acquis à l'ennemi et pouvaient ouvrir les portes aux rebelles. Un poste retiré à une quinzaine de kilomètres avait été ainsi trahi par ses sentinelles et tout le monde égorgé pendant son sommeil. Un rescapé gravement blessé a pu faire tout le chemin pour donner l'alerte.  
 
 
Réunion d'information des "notables", l'unité poursuivant sa mission de pacification.
 
Une visite au marché du village proche.
 

 Le quartier militaire surplombait le village. De temps en temps, nous faisions un exercice de tir qui consistait à tirer des rafales de mitrailleuse 12,7 (calibre 50) en rasant les toits. La population avait été informée de ne pas sortir pendant ces périodes qui se passaient en général à la nuit tombée. L'utilité était double : entraîner les tireurs, mais aussi dissuader les vélléités d'attentats en montrant la puissance de feu.

Cependant chaque matin, nous nous apercevions que des sentinelles avaient disparu. Elles avaient rejoint les rebelles en emportant leurs armes. Il y eut un ralentissement lorsque l'on retrouva l'un des hommes égorgé. Les rebelles avaient pris les armes et tué le traître, qui aurait pu trahir une autre fois.

Le 10 avril 1962, le noyau des cadres et des appelés de la compagnie était regroupé à Paul Cazelles, pour préparer les formalités administratives, suite à la dissolution des Compagnies Nomades.
Le 1er juin 1962, les Compagnies Nomades furent dissoutes officiellement. J'ai été muté à cette date au 159ème Bataillon d'Infanterie Alpine à Briançon avec la mention : Rejoindra ultérieurement.
En effet, j'étais chargé de liquider l'unité, c'est à dire rendre à l'Intendance et au Service du Matériel tout les matériels qui les concernaient respectivement.
 
 
 
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