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 LE MARGAILLON 1934
 

Le Contexte
 
 En 1932, le Maire M. Menudier était - comme tous ses prédécesseurs - à la recherche de l'eau. Le problème était connu du Gouverneur de l'Algérie, M. Carde qui ayant entendu parler d'un sourcier célèbre le fit appeler.
L'abbé Lambert arriva en novembre 1932, commença ses recherches, trouva de l'eau, mais là où elle était déjà, dans la nappe de Brédéah. Il entra en conflit avec M. Menudier et jura de lui prendre sa place de Maire. A la faveur d'une élection partielle, il se fit élire conseiller municipal le 25 décembre 1933 avec quelques acolytes et intrigua pour conquérir la Mairie, ce qu'il fit le 13 mai 1934. Mais il n'avait toujours pas trouvé son eau !!!!
Pour plus de renseignements, voir le livre d'Edgard Attias : Oran au temps de l'abbé Lambert (Editions Mémoire de Notre Temps)

Le Journal
 
 Le mercredi 12 septembre 1934, paraissait le n° 1 d'un "dromadaire comique y dorbafique" LE MARGAILLON dont le directeur était Juan Bouscalo qui prit comme "rédacteuse en chef" une dame malicieuse : LA TIA BOLBASSA.
Ce nom de Margaillon avait été repris d'un journal qui paraissait déjà en 1920 avec un certain succès.
La Tia Bolbassa dont nous vous dévoilerons le nom plus tard avait un complice : El Tio Petate, et tous deux, avec la bénédiction de leur directeur, prirent en main les destinées de ce périodique avec la ferme intention de mener une guerre sévère et sans pitié - mais toutefois avec humour - envers les irrégularités de toutes sortes dont la Ville d'Oran était la malheureuse victime sous la municipalité de l'Abbé Lambert.
Leur but : sensibiliser la population pour déboulonner le Maire et son équipe..
Notes : une dorba est une raclée, donc dorbafique peut se traduire par donneur de raclées -
dromadaire est une déformation d'hebdomadaire - tia : tante en espagnol de même que tio est l'oncle.
Tia Bolbassa est un personnage récurrent de la Calère, le quartier espagnol de la Marine à Oran
 
 
 La TIA BOLBASSA était en fait le pseudonyme pris par 3 auteurs féminines :
* Mme Angèle Maraval-Berthoin (qui avait fondé une association, les 4 A : Association Amicale des Artistes Africains, qui, par ses prix, récompensait chaque année romanciers et poètes, peintres et sculpteurs),
* MmeLéopoldine Herelle (grand-mère de Mme Geneviève de TERNANT),
* Mme Lerebourg , dont l'époux était préfet (fille de M. ZIMMERMANN, directeur de la feuille satyrique hebdomadaire " Le Charivari Oranais et Algérien ", 1ère revue dans laquelle la Tia BOLBASSA s'est exprimée)
 
Ces trois espiègles racontaient les potins de la ville sous le nom de " La Tia Bolbassa " et chacun s'étonnait de cette mystérieuse personne au courant de toutes les petites intrigues...
 
Une personnification a été tentée dans le journal : Le Charivari oranais, sous les traits de Paul Négrel ?
C'est une caricature de Joseph Sirat qui fut directeur des Beaux-Arts (1889-1902)
 
 
Les différents modèles de margaillons sont exposés ci-dessous
Chaque numéro est composé de 4 pages. La première est consacrée à une caricature.
Le texte est abondant est varié comme vous pourrez vous en apercevoir au fil des articles qui suivent.
Voici la représentation du n° 1

 
Tous les articles ne sont pas développés.
Les 28 numéros parus pendant cette période feront l'objet d'un recueil.
Il aura l'aspect du journal original en format A4 sur plusieurs colonnes.
Nota : La mise en page sur le site peut difficilement être faite sur colonnes, le texte devant tenir sur un écran pour des facilités de lecture.
 

Effeuillons une partie de ce margaillon

Légende : Michel (à Lambert) - Je ne sors plus avec toi, tu me fais trop remarquer.
Michel était conseiller municipal fidèle à l'abbé Lambert


 AUX MARGAILLONS

Les Margaillons c'est nous, les Oranais.
Tout le monde sait ce qu'est un margaillon. Nous l'expliquons pour les gens qui n'étant pas de chez nous, comme le Curé Lambert et sa maitresse, ne le savent pas.

    C'est une sorte de palmier nain qui pousse en Algérie à l'état sauvage et qui a une racine sinon succulente tout au moins mangeable. Tons les Oranais ont au temps de leur enfance nourri un grand penchant pour ce légume. Quels sont ceux qui n'ont pas au moins une fois dans leur enfance fait manqua rota à une classe ou une répétition pour aller arracher des margaillons à la Montagnica ou dans les champs de Gambetta, et d'Eckmühl.
    Le margaillon est ainsi attaché aux joies de notre enfance dont il devient pour ainsi dire le symbole. Et plus tard, lorsque l'écolier a fait place à l'homme lancé dans la vie, le mot margaillon sonne toujours à son oreille, sympathique et évocateur des belles journées d'insouciance.
    Bien mieux, on a pris coutume d'accoler au nom d'Oranais celui de Margaillon. Et nous croyons que rien ne saurait mieux que le Margaillon symboliser l'Oranais. Plante robuste s'aggripant et prospérant dans les sols les plus ingrats, dissimulant dans la terre un coeur tendre et dressant fièrement ses feuilles drues. Ainsi est l'Oranais : dur à la peine, tenace et humeur frondeuse.
    Voilà curé Lambert, ce que c'est qu'un margaillon. Il pique. Tu ne tarderas pas à t'en apercevoir.
    La saveur évocatrice de ce mot fut certainement pour quelque chose dans le succès du MARGAILLON, cet hebdomadaire qui réjouit les Oranais pendant si longtemps vers 1920 et qui connut des tirages records. Mais il y eût aussi la forme et l'humour spéciaux de ses articles. Cet humour, nous voulons le faire ressurgir. Paris, Marseille, Alger, ( avec son papa louette ) ont leurs histoires et leur esprit du terroir ; Oran doit avoir ou plutôt retrouver les siens.
    Nous reprenons donc ce titre de MARGAILLON avec la pleïade des savoureux écrivains qui assurèrent une première fois le succès de ce journal et d'autres jeunes qui ont fait école auprès de leurs aînés.
    Nous allons donc essayer d'amuser et de faire rire nos concitoyens.
    Et comme le rire est une arme redoutable, nous nous en servirons pour faire la guerre au Curé-Scandale, venu de Saint-Flour et qui croyant avoir asservi pour toujours les Oranais, les Margaillons, à l'espoir de mettre au pillage notre argent.
    Tous debout les MARGAILLONS
    Nous avons eu la bêtise d'installer à la Mairie un curé interdit qui déshonore la Religion en vivant au vu et au su de tout le monde avec sa maîtresse Martha Rossignoli qui a abandonné son foyer et son enfant pour suivre le bonimenteur Lambert.
    Nous l'obligerons à décamper.
    Nous avons eu la sottise de croire le charlatan Lambert qui nous avait promis les torrents d'eau douce de ses puits de Brédéah et qui est dans l'impossibilité de donner de l'eau potable aux Oranais.
    Nous jetterons le Fumiste Lambert hors d'Oran.
    Et la victoire restera aux Margaillons !
    Le Margaillon

 Pauvre Aguiléra !

Ladron ! Don Jaïme ! Lladre ! Escroc! Voleur ! Prévaricateur ! Concussionnaire ! Canaille ! Fripouille! Gangster !
Rien que ça !
Et pourtant, c'est exact.
Es la pura verdad, comme dit notre vénérée tia Bolbassa, Aguiléra, premier adjoint au Maire d'Oran, a fait suer le burnous aux patrons de ces "dames", à coups de 25.000 francs, n'est-ce pas Charlot?
Mais comment se fait-il que le Curé et ses autres adjoints connaissant ces crapuleries n'aient pas débarqué le néo Aguiléra qu'ils détestent cordialement ? C'était pourtan
t une excellente occasion pour eux de se blanchir... .
Ils ne l'ont pas fait parce qu'ils ne le pouvaient pas.
 
Ils ne l'ont pas fait parce que les sommes estorquées par Aguiléra sont passées à la Caisse noire où puise à pleines mains Martha Rossignoli, maîtresse de maison et maîtresse tout court du curé.
La tia Bolbassa qui a le don de double vue nous a même dit que tout dernièrement Aguiléra dégouté, avait passé les fonds de la Caisse noire à Maraval el cerdo qui lui avait même signé un bordereau de caisse où les noms des tenanciers des maisons qui avaient casqué étaient marqués par des X.
Comme cette pièce est une arme terrible contre le curé, Maraval et Cie, le Comité directeur du Conseil apeuré fiche la paix à Aguiléra.
 
 
Mais Aguiléra a-t-il le droit de se
taire, lui ?
 
NON !
 
Il ne doit pas oublier que les insultes qui pleuvent sur lui comme coups de matraque sur un âne atteignent en même temps que lui, tous les néos d'Oran qui étaient fiers d'avoir un des leurs comme premier adjoint.
Ces insultes atteignent aussi tous les décorés de la Légion d'Honneur qui constatent avec peine que le seul Chevalier de la Légion d'Honneur du Conseil Municipal est celui qu'on a le plus terriblement couvert de boue.

Pour se défendre devant les Assises (si jamais nous y allons) Aguilera, confronté avec les gens qu'il a rançonnés, sera obligé de déclarer qu'il a volé pour alimenter la Caisse noire du parti, pour réunir les fonds qui serviront à payer les courtiers électoraux aux prochaines élections et à fausser les consciences.
Mais cet aveu tardif ne
pourra plus le sauver.
  Aguiléra, tu dois parler tout de suite, si tu veux retrouver l'estime et la sympathie de tes électeurs.Contaminé par l'exemple qui te vient de l'Homme de Blachette, tu n'as été que l'instrument de la bande d'aigrefins qui s'accrochent à la soutane du Curé.
Il peut t'être beaucoup pardonné de même que les Oranais pondérés commencent à pardonner à Léopold Gomez d'avoir autrefois patroné le Curé-Scandale.
 
Le tout est de quitter à temps le navire qui va faire naufrage.
Le tirage du Petit Oranais monte extraordinairement. Tu as un moyen d'arrêter son flot d'insultes et même de le diriger vers les seuls grands coupables.
Les néos attendent..
Juan BOUSCALO

Explications : Es la pura verdad : c'est la pure vérité. - el cerdo : le porc
néos : étrangers récemment naturalisés par décret

Simple mise au point....
PAR L'ABBE GABRIEL LAMBERT, MAIRE D'ORAN

Je suis très heureux de l'occasion qui m'est offerte aujourd'hui par LE MARGAILLON.
Lorsque le directeur de ce sympathique Journal est venu me demander ma collaboration, J'ai accepté avec plaisir. Je n'ai jamais refusé d'article à un Journal, ce n'est pas avec LE MARGAILLON que je commencerai, d'autant plus que ce titre m'est très cher. Je ne sais pas encore ce que c'est qu'un Margaillon, puisque je suis à Oran depuis un an à peine. mais Pomarès, le chef de ma police secrète a promis de me renseigner.
La mise au point que j'ai à faire étant pour moi d'une importance capitale, j'ai tenu à ce qu'elle paraisse dans LE MARGAILLON en raison de son immense tirage. Au surplus, Oran-Matin n'a pas voulu l'insérer, car je dois vous dire que depuis quelque temps ORAN-MATIN se fait très difficile pour insérer mes articles.
Vous savez bien, entre nous, que je m'en tamponne le coquillard, comme dit ma vieille Angèle, la mère de José Maraval.
Charriaud s'imagine que ce sont mes articles qui ont fait tomber à 3.700 le tirage d'ORAN-MATIN. Alors, il essaye de s'en passer pour voir s'il peut le faire remonter. En fait je crois que les Oranais en ont marre de ce Journal de sacamuélas.
Bref, je veux vous parler aujourd'hui de Martha Rossignoli, et d'une situation qui, par le fait qu'elle est connue de tout Oran, ne peut plus s'éterniser.
Sous prétexte que j'ai voulu faire passer Martha Rossignoli, la douce compagne de ma vie, pour ma secrétaire, il s'est trouvé des journaleux indignes, des diffamateurs professionnels, pour venir me le reprocher.
Me reprocher quoi ?
D'avoir, dans un souci de vergogne fort compréhensible, caché les liens qui m'unissent à Martha Rossignoli.
Si jétais venu franchement présenter Martha aux Oranais comme étant ma maîtresse, on m'aurait traité de prêtre indigne, et il se serait trouvé quelqu'un pour me dire que je poussais le culot jusqu'à afficher ma liaison.
Comme, au contraire, J'ai essayé de le taire, on me reproche aujourd'hui de le taire, on me reproche aujourd'hui de vivre dans une situation hors-la-loi et hors l'Eglise.
Ainsi, quoi que je fasse, je serai toujours insulté, critiqué, bafoué par des adversaires de mauvaise foi.
Pourtant, quel mal fais-je en ayant une maîtresse ? que l'homme de 33 ans qui est encore puceau me jette la première pierre ! J'ai trouvé en Martha une maîtresse exquise, caressante experte, dont les étreintes m'apportent chaque jour une révélation nouvelle des choses de l'Amour. Ceux qui la connaissent savent qu'elle est, malgré ses 49 ans très désirable encore. Ses seins sont longs, mais fermes, ses fesses un peu larges mais ardentes.
Qu'elle soit plus vieille que moi de 16 ans, quelle importance cela a-t-il ? Comme le dit si bien Madame Maraval-Berthoin, avec un coquin clignement d'oeil, c'est dans les vieilles marmites qu'on fait la meilleure soupe, et ma vieille amie Angèle n'a pas l'habitude de parler de choses qu'elle ne connaît pas.
Quant à vouloir me rétorquer que Dieu a ordonné aux prêtres de demeurer chastes, on me permettra de déclarer que Dieu devait ce jour-là s'être levé du pied gauche ou qu'il venait de s'engueuler avec Adam !
Sans cela, il n'aurait jamais, de bonne foi, émis une pareille stupidité
Voilà, chers lecteurs, la mise au point que je tenais à faire. J'espère que vous ne me reprocherez plus d'avoir une maîtresse, d'autant plus que (et cela je tiens à ce que les lecteurs du MARGAILLON soient les premiers à le savoir), je compte épouser très prochainement Martha Rossignoli.
Mais d'ores et déjà, Je vous demande de la respecter et de la considérer comme mon épouse bien-aimée.

P. c. c.: Fortuné LEBIDOIS


Oran-Matin : Journal à la solde du maire. - sacamuelas : charlatans, moulins à paroles

 
 
 

 Vive le Margaillon

Messieurs, Mesdames et Séñoritas, le Caballero Bouscalo est venu me voir pour me dire :
- Tia Bolbassa, il y a longtemps que jé voulais sortir le MARGAILLON. Jé crois qué le moment il est venu car en ce moment il y a una rébolica de tous les diables à Oran. Nous avons comme maire un curé de exportation coloniale qui nous parle toujours de paix-des-races, paix-des-races ! par quoi il veut dire que tous les hommes il faut qu'ils se pénètrent pacifiquement et jamais à Oran on a vu tant de coups de révolvers, coups de poings, coups de bâtons, coups de têtes, coups de zock comme qui dirait mon ami NAC-SAN d'Oran-Spectacles. Les amis du curé ils crient tous les jours : Vivent les Juifs ! par devant et par derrière, ils se font une bossa dé rigolade avec ces pauvres israélites, même qu'ils se sont foutus d'eux dans un dessin paru dans DIMANCHE et qui représente les Juifs en sarahouel et turban avec une trogne de marchand de bébliss. Ce même curé qui avait trouvé trente mille et plus mètres cubes d'une eau superlifique à Brédéah, même qu'il avait voulu la vendre, cinq millions, à Menudier, et aujourd'hui qu'il n'en a pas, il en cherche de tous les côtés.
Et puis encore ce putéro de curé qui dit toute la journée : jé souis l'ami des ouvriers ! il fout à la porte de la Mairie les chômeurs qui viennent lui demander un morceau de pain et quand les maçons y si sont mis en grève, il leur a envoyé les gendarmes pour leur cogner dessus.
Tout cela Tia Bolbassa, est un grand scandale et les Oranais y ne savent plus à quel saint se vouer. (Pas à Saint Lambert pour sûr !)
Alors, j'ai décidé dé sortir le MARGAILLON et j'ai pensé à vous pour être notre rédacteuse en chef
- Moi Señor Bouscalo ?
- Vous, tia Bolbassa. N'êtes-vous pas Oranaise et par conséquent Margaillonne comme nous ? Le curé est un méchant bourricot venu d'un petit trou de France et qui veut manger les margaillons Oranais, mais les margaillons de chez nous ont des épines et le Curé va se piquer la langue et les fesses.
Vous devriez nous aider.
- Entendu, Señor Juan Bouscalo. Je ne me déroberai pas à mon devoir. J'accepte donc d'être rédacteur en chef du MARGAILLON. Mais je pose une condition.
- Posez tout ce que vous voudrez, chère tia Bolbassa.
- Je ne veux pas de parti-pris. Je veux que notre Journal accepte les articles de tout le monde, même du Curé et de Martha Rossignoli qui n'ont pas l'honneur d'être des Margaillons. Que voulez-vous Senor Juan Bouscalo, je ne suis pas une Ingrate et je ne peux pas oublier que le Curé m'a sauvé la vie.
- Vous a sauvé la vie, tia Bolbassa ?
- Comme je vous le dis, Señor Juan Bouscalo. Figurez-vous que je me tenais une de ces constipations à faire éclater toutes les canalisations de Brédéah. J'avais tout essayé : lavements, sulfate de soude, pastilles Japonaises, tisane de rabo dé gato. J'avais même essayé, vainement d'ailleurs, un verre d'eau de Brédéah à jeun tous les matins.
C'est alors que je pensais au buste du curé Lambert. Justement j'en avais un que j'avais acheté 15 sous à la Salle des Ventes. On disait qu'ils avaient le don de guérir. Vite, j'allais le prendre et le mettant sur le rebord de la cuvette du siège, - à la turque qui me sert de cabinet - Je m'accroupis à la place habituelle.
Madré de Dios ! Quelle délivrance ! C'est comme si une écluse se fut ouverte. Tout ce que mes entrailles s'étaient obstinées à garder pendant deux semaines se donna libre cours avec un tel fracas que les murs du cabinet en tremblèrent. Le malheur, Monsieur Bouscalo est que ce torrent humain gicla avec une telle impétuosité que le buste posé sur le rebord de la cuvette fut atteint et le Curé Lambert fut entrainé dans les conduits obscurs que ne fréquentent ordinairement que les cagaillons.
Cela, Monsieur Bouscalo, je ne l'oublierai jamais. Ma reconnaissance pour le curé demeure entière et j'entends que ce journal soit juste à son égard.
- Parfaitement d'accord, tia Bolbassa.
- Et pour commencer señor Bouscalo, vous allez lui faire une visite pour lui demander sa collaboration.
- Vous ne pouviez pas mieux tomber, tia Bolbassa, car j'ai déjà en poche un article de lui.
- Muy bien, Señor Bouscalo. Il n'y a donc qu'à le publier. Et tape cinq, je suis votre homme.
Voilà comment je suis devenue rédacteuse en chef de ce journal.
Et Vive le MARGAILLON !

Tia Bolbassa

 
 

 LES ESPORTS

AVANT LES CHAMPIONNATS

- Qué Pépé, pour qui tu vas cette année ? Toujours pour l'Aséméo ?
- Caya hombré ! c'est tous des tchanclas, des gamates. D'abord, c'est plus l'Aséméo maintenant.
- De quoi ? C'est plus la Marine qui joue ?
- Eh non ! c'est l'équipe des... fréres Cayuéla.
- ??
- Oui ! ya Cayuéla I, Cayuéla II, Cayuéla III ! Heureusement qui a plus de frères, sinon...
- Ah ! bon, mais alors pour qui tu vas rouspéter ?
- Pos pour le C.D.J.
- Ah ! ah ! ah ! pour eux, mais jamais tu as pu le sentir !
- Oui, je vais te dire : c'est pasqui sont champions !

A L'ESTADE DEL GALLIA

Le Cochon il a battu le Gaillo
Dimanche, un copain y m'a enganché pour aller à l'Estade del Galba pour voir les de Saint-Antoine contre les Gaillos. Pués, tché, comme c'était lui qui payait on a été aux tribunes. Et après on dit que lé folbal y sé une chose qui marche bien, et alors porquoi on fait pas des tribunes avec des planches en haut. Buéno, mon ami y sé voulé rembourser ses papiers, mais juste à ce moment on commence et on a resté.
Les Gaillos y z'ont un portéro qui s'appelle Barbéro y un négro espagnol qu'on lui dit Matalo : Y un autre on dirait un bouzo sé Boléta. Puès un qui touche le ballon avec le pied gauche, on lui dit Pitcha et un tchirété qu'il est Malvu.
Les cochons y z'ont un Niéto, un Poulain, un Arbéyojo. un Soya, un Cañon, un Cabréro, un Mas et un Ménos.
Bon, alors, y sé jouent vite et y courent, mais lé ballon il est toujours en dehors du jeu. Et y a un arbitre avec un pito et vinga qué siffler. Alors, moi, je veux savoir son nom. Je lui demande à un del Gallia y c'est un del Calo qui mé lé dit : Espèce de c.. ! Choer, qué bien c'est la galerie !
La mi-temps y vient et les clubs y s'en vont 0 à 0.
Mais quand y recommencent, le Malvu y Boléta y sé sauvent et y rentrent lé ballon avec le Niéto. Tché, comme y sauté les petits del Gallia ! Après ce point, les Gaillos vinga qui chouter et vinga qué charger, mais el Luque et el Niéto y z'ont fermé la porte. Alors Matalo y sé fatigue y fait rien et alors, les San Anton y profitent et y rentrent deux points au Barbéro. Çuilà oui que c'est un péña : y l'est toujours couché par terre. Alors, les rouges y sont contents et un dit : Çà y est, on a gagné 50 francs !
Et comme y s'a fini, pués on est parti faire un zarengollo, même que c'est moi...
ZOC.

 

 Maraval à la porte

L'adjoint Maraval qu'on a si justement surnommé le Porcin à cause de sa face et de sa corpulence de porc, vient d'être mis en accusation par Oran-Spectacles qui l'a traité de canaille, qui l'a accusé, avec preuves à l'appui d'avoir voulu extorquer plusieurs millions à Pitollet dans une affaire de puits.
C'est Maraval qui a traité l'affaire d'achat des terrains acquis pour l'agrandissement du cimetière de Tamashouët. Terrains ordinaires de culture qui ne valent pas plus de 30 à 40 francs le mètre carré et qui ont été achetés à 70 francs ! Ce qui représente une escroquerie d'un million que Maraval doit empocher pour venir grossir la caisse noire du parti Lambert qui a l'intention d'aller aux prochaines élections à coups de billets de mille et qui se dispose à acheter les consciences des Oranais comme on achète des moutons au marché !
Et malgré ces saletés, le 2e adjoint Maraval qui professe un souverain mépris pour tout ce qui est néo (tout le monde le sait) rêve de prendre la place du 1er adjoint Aguilera qu'il essaye de poignarder dans le dos comme il poignardera le Curé charlatan pour devenir maire d'Oran.
Mais les Oranais sont décidés à ne pas se laisser faire.
La victoire restera aux Margaillons !

REMOLINO.
Note : Comme l'abbé Lambert n'arrive pas à trouver de l'eau, il achète l'eau de ceux qui ont des puits (Pitollet est l'un d'entre eux)
et l'achat est négocié par l'adjoint Maraval.

 PASSAGES CLOUTÈS

Nos passages cloutés ne servent à rien ! Oran est la seule ville de France dans ce cas. Il faut bien se singulariser un peu..
Nos clous servent à embellir nos rues et non pas à réglementer la circulation. En ces temps de chômage, notre municipalité pourrait employer quelques "sans-travail" à les astiquer :ces malheureux gagneraient quelque argent et nos clous - pour une fois - auraient servi à quelque chose.

 

CONTES ET ANECDOTES AUTHENTIQUES DE LA TIA BOLBASSA

DANS LA CALLE DE LA CAGAROUTA

La tia Luisa et sa voisine madame Antoine font la lessive dans la grande cour aménagée en buanderie.

La Tia Luisa : Bous croyé, Mame Antoine ça qué dit el tio Mouchou Lopold Gomez dedans el jornal "Spectac" que Mouchou el cura Lambra il a on fame qui s'appell' Martha Carganera como lé nom doun zoizeau é qué lé fa des escandal' quand el curica y rentre con oun berre de plous. Moi yo lo crois pas to ça parcé qué el monde qu'il est méchant y maubèze langue y raconte boco dé manchanges.

Madame Antoine : Oui, ma chère Luisa, c'est ce que m'a répété encore ce matin mon laitier ; il parait aussi qu'il a une autre femme en France et qu'il aurait eu un enfant. Même qu'à son dernier voyage en Espagne il aurait vu des mauvaises femmes et surtout une Malaguena qui lui aurait donné... un passage gratuit pour son ami Maraval.

La Tia Luisa. - Jésus Maria ! Quesqui bou mé dites ! entonces ci como el padre Canuto que moi yo ai vu dans las " Corsarias " qui boulé tot les fames y con dingouna y sa marié porqué y porté la sotana et après bou sabé il a résoulté qué il été bien marié par dedans la Mérie avec sept enfants.
Dios mi libré quel homm' sin verguenza ; y nous fait honte a nosotros y moi que j'ai acheté son retrato en personne con el casco sor la tête.
Valgame Dios ! pero es oun diable que Satanas y nos a enboyé y moi qui la mis dans la table dé nouit como oun porta bonheur !
Démain ya sa fini to ça porqué yo no vo pas de bayous dans ma maison y yo lé tiraré als ordures.
Pos no faltaba mas ! Ahora moi yo vois porquoi el fiancé de ma fille Manuela no biéné plous a la maison, parquoi la maison y lété enchissé "avec oun homm' comm' ça y que to lé jours y charche dispute à mi hija por l'embrassé.
Ya lo créo, y sabé apodéré del corps y del espiritou del Cura porqué chénous y oun proberbe quédit . " Dimé con quien vas y te diré quien érs ", cétadire que al contact del portrait del cura y sé tapégué el envie del fiancé por touché y palpé ma fille.
Bou sabé, Mame Antoine, que nosotras no somm' pobres mi bcocou honnêtes.
Gracias a Dios, nous pouvons levé el chapeau par to les endroits..

Dr BOCKTOFF,
fils natourel y légitime de la calle la Colassa.

 

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