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LE GENERAL - BARON LETANG

Biographie et photos de sa maison à Meulan

 

LETANG (Georges-Nicolas-Marc) naquit à Meulan en la paroisse Saint-Jacques du Fort, le 2 mai 1788, fils aîné de Nicolas Etienne Létang de Margenville, un Avocat au Parlement originaire de Gisors dans l'Eure où lui-même avait vu le jour en 1760 et de Demoiselle Catherine Adélaïde Crespin une pure Meulanaise, née le 7 novembre 1765, mariage qui avait conduit le charmant Nicolas Etienne en notre bonne vieille ville.

Le jeune Georges Nicolas Marc entra comme élève à l'Ecole spéciale Militaire de Fontainebleau à l'âge où les autres jeunes hommes pensent plutôt à trouver demoiselle à leur goût plutôt qu'à songer à la vie de caserne et ce le 9 février 1806. Il faut croire qu'il était doué pour la chose militaire puisque le premier janvier 1807, il obtint ses premiers galons de caporal et ceux de sergent, à quelques jours près, le 22 janvier. Un mois plus tard, il est promu Sergent-major (le 22 février) et l'épaulette de Sous-Lieutenant lui est remise le 11 avril de cette même année 1807. C'est dire la détermination de cette jeune recrue !

En cette même année 1807, décidément prolifique pour le jeune homme, il fait campagne au sein de la Grande Armée au 10ème Régiment de Chasseurs à cheval. Ses diverses chevauchées auprès de l'Empereur sont étayées de faits héroïques si nombreux, que le frère de l'Empereur, lui-même, voyant à quel point il se bat avec héroïsme et courage, lui offrira une bague de diamant, émerveillé de tant de bravoure.

Après la paix de Tilsitt, il traversa l'Europe pour aller combattre en Espagne pendant cinq années consécutives.
Ses services dans la Péninsule furent des plus brillants : on compte ses actions d'éclat par le nombre des actions de guerre où il a figuré.
A la prise de Burgos (8 novembre 1808), il sauve la vie à un sous-officier de son régiment. A l'affaire de Baza (3 novembre 1809), il s'élance à travers un bataillon espagnol et s'empare d'un drapeau. Quinze jours après, à la bataille d'Ocana (19 novembre), il se précipite seul au milieu d'une colonne ennemie, et, au prix d'une blessure qui lui traverse le corps, il enlève un drapeau sous les yeux mêmes du roi Joseph-Napoléon qui, d'un mouvement spontané, détacha de sa main une bague enrichie de diamants et la lui remit sur le champ de bataille.
Il avait déjà été blessé d'un coup de feu à la tête au combat de Medina-del-Rio-Seco (14 juillet 1808), d'un coup de sabre au bras gauche à la bataille de Talavera (26 juillet 1809), et avait eu cinq chevaux tués sous lui dans différentes affaires.

Le grade de lieutenant (7 mars 1810) et la Légion d'honneur (24 avril) récompensèrent, à quelques semaines d'intervalle, ces actes de bravoure.
Nommé capitaine au 21è de chasseurs le 28 janvier 1813, Létang était admis au 1er régiment de chasseurs à cheval de la vieille garde impériale le 27 février suivant, comme lieutenant en 1er.
Il n'a alors que 25 ans quand il est fait Officier de la Légion d'Honneur le 14 octobre 1813 à la bataille de Dresde. Il se distingua dans les journées de Leipzig et fut blessé grièvement au blocus de Bréda d'un coup de feu à la hanche gauche qui l'immobilise pour quelque temps.
Malgré cette blessure, il prit part à la campagne de France avec sa bravoure accoutumée, et conquit le grade de chef d'escadron au 7è régiment de dragons (15 mars 1814). Létang avait alors vingt-six ans.

Pendant les Cent-Jours, il combattit en Belgique. Le 22 décembre 1815, il était licencié.
Remis en activité le 16 mars 1816, aux dragons de la Manche, qui formaient le nouveau 7è régiment de l'arme, il passa ensuite aux dragons de la Seine (10è) le 18 mars 1820, et fut promu lieutenant-colonel des dragons de la Garonne (3è), le 14 décembre 1821. Il avait reçu la croix de Saint-Louis le 28 octobre 1814.
En 1823, il fit la campagne d'Espagne sous les ordres du lieutenant-général Domon, commandant la 2è division de dragons, qui le signala comme un officier supérieur de la première distinction et le proposa dès-lors pour le commandement d'un régiment de cavalerie légère.
Six ans plus tard, le 27 décembre 1829, il était nommé colonel du 6è de chasseurs à cheval.
Mis en solde de congé le 20 août 1830, le colonel Létang fut, l'année suivante, attaché à l'état-major général de l'armée du Nord, sous les ordres du maréchal Etienne Gérard, le 11 août 1831
et commencera une campagne d'Algérie qui de 1831 à 1837 va lui permettre de connaître des horizons lointains et de s'y faire un nom.

Le 14 décembre de la même année, il eut le commandement du 2è de chasseurs d'Afrique, qui fut organisé définitivement par ses soins, le 1er avril 1832, et dont il disait avec orgueil, " que c'était un régiment de héros ".
Létang ne tarda pas à faire sentir aux Arabes la vigueur de ses coups. Cité honorablement dans toutes les affaires dans lesquelles son régiment combattit, ainsi que pour les services qu'il rendit dans l'occupation d'Oran, il mérita d'être proposé pour le grade de maréchal-de-camp, dès la première campagne, par le lieutenant-général Pierre Boyer, commandant supérieur de la province d'Oran (11 novembre 1832). " Il possède éminemment, disait cet officier général, le courage de l'âme et la bravoure du sang. Valeureux partout où il y a péril, il a sauvé plusieurs sous-officiers et chasseurs de son régiment dans les affaires des 31 août et 23 octobre, et au combat du 10 novembre, à Sidi-Chabal. Sous les ordres d'un chef aussi habile, les troupes qu'il commandera se feront toujours remarquer."

C'est en effet ce qui arriva le 8 mai 1833, au combat de Sidi-Kaddour-Debby, qui rejeta les Garabas hors de la vallée de Tlélat, où ils avaient audacieusement établi leur camp.

A la suite de difficultés avec les autorités administratives, le colonel Létang fut rappelé en France pour prendre le commandement du 12è régiment de chasseurs (5 juillet 1833). Mais avant de quitter l'Algérie, il rendit encore un service signalé en sauvant une colonne de 1100 hommes à l'affaire du Figuier des Smélas (6 août 1833).

Il était en congé à Paris, en 1835, pour son mariage le 23 février en Belgique, à Ath, où il épousera la jeune et jolie Hortense Adeline Hyacinthe Hannecart, âgée de dix neuf printemps alors qu'il est déjà presque un vieil homme âgé de quarante sept ans. Il était en effet grand temps de songer à fonder une famille pour cet homme tout voué au militaire et lorsque la jeune belge lui est présentée, lui, le vieil ours célibataire, ne résiste plus. De plus, la jeune personne et sa mère lui ont été chaudement recommandées, il n'hésite donc pas une seconde. Hortense est la fille de Pierre François Joseph Hannecart, décédé, et de Marie Anne Josephe Poplimont qui chaperonnera la jeune fille jusqu'au mariage..Bien que le Colonel Létang ait plus du double de son âge, la jeune Hortense n'est pas insensible au charme de ce fringant militaire et ils formeront un couple très uni qui n'aura qu'une seule enfant Anne Hélène Hortense née à Ath le 8 mai 1850 après quinze années d'un mariage stérile et à quelques jours des soixante deux ans du Baron.

En 1835, le Maréchal Clauzel prépare une expédition qui devait rendre les Français maîtres de Mascara et de Tlemcen. Sur ses vives instances, malgré son récent mariage, il obtient du Maréchal, de faire cette glorieuse expédition et, comme toujours, sait trouver l'occasion de se distinguer aux touts premiers rangs des combattants. Malheureusement, il reçoit, au combat de l'Habrah, le 3 décembre, un coup de feu qui le blessera grièvement une nouvelle fois.

La récompense ne se fit pas attendre et fut éclatante : le dernier jour de l'année Létang était promu au grade de maréchal-de-camp " pour faits de guerre " dit l'ordonnance.

Plus tard, le pinceau d'Horace Vernet immortalisa sa bravoure dans un tableau qui fait l'ornement du musée de Versailles.

Dès que sa blessure se trouva cicatrisée, le général Létang, qui était venu passer sa convalescence en France, retourna en Algérie (29 juin 1836).
Investi du commandement des troupes de la province d'Oran, en remplacement du général Bugeaud, il dirigea avec habileté, pendant la campagne d'automne, plusieurs expéditions contre les Beni-Ameur et les Garabas.
Au niveau de la gestion de la ville d'Oran, il créera une magnifique promenade qui portera son nom : la Promenade de Létang, un des plus beaux parcs arborés de l'Afrique du Nord.
 
A l'affaire du 12 octobre, notamment, il força Abd-el-Kader à abandonner le camp de Madera, où il s'était installée avec 8000 cavaliers. Il battit de nouveau l'émir le 2 décembre, au défilé de la Chair, au retour d'un ravitaillement de Tlemcen. Dans ces expéditions, le général Létang "montra une activité et une sollicitude extraordinaires, s'assurant par lui-même de l'exécution de ses ordres, de la marche de tous les services et du bien-être de ses soldats "

Abd-el-Kader finira par déposer les armes en 1847 à Lamoricière, ce qui aura pour effet de nommer le Maréchal Bugeaud, Gouverneur de l'Algérie, lequel entreprendra la conquête et la colonisation de cette nouvelle province française….

Notre Georges Nicolas est fait Baron d'Empire, entre autres promotions, le 26 février 1825, bien avant son expédition en Afrique et ajoutons encore qu'il sera fait Commandeur de la Légion d'Honneur le 18 avril 1834, puis Grand Officier le 23 mars 1851 et Grand Croix le 31 décembre 1857. C'est dire la haute estime dans laquelle on le tient dans les hautes sphères du pouvoir.

Les douleurs occasionnées pas sa dernière blessure l'ayant ramené à Paris, il fut nommé, le 5 avril 1837, au commandement du département du Pas-de-Calais, qu'il conserva jusqu'à sa promotion au grade de lieutenant-général (20 octobre 1845). Il commanda temporairement, en 1837, une brigade de cavalerie au camp de Compiègne, et, en 1839, une brigade de dragons au corps de rassemblement sur la frontière du Nord.
Le général Létang exerça les fonctions d'inspecteur général de cavalerie en 1845, 1846 et 1846. Appelé au commandement de la division de cavalerie de Lunéville, le 29 juin 1847, il fit partie, au mois de décembre de la même année, d'une commission chargée de mettre le système de manœuvres du colonel Itier en harmonie avec l'ordonnance du 6 décembre 1829, sur les exercices de la cavalerie.
La révolution de février vint changer sa position. Successivement commandant de la 2è division militaire (Châlons) le 3 mars 1848, de la 10è (Toulouse) le 3 mai suivant, et enfin de la 17è (Bastia) le 8 février 1849, il sut partout maintenir la discipline parmi les troupes, l'ordre parmi les populations et la concorde entre les soldats et les habitants.
En 1850, le général Létang fut nommé membre du comité consultatif de l'Algérie (15 avril), où il siégea jusqu'à la dissolution de ce comité (21 novembre 1858). Il fit également partie du comité de la cavalerie, d'abord comme membre (18 avril 1851), puis comme président (23 décembre 1851), et remplit les fonctions d'inspecteur général en 1849, 1850, 1851 et 1852.
Le 3 mai 1853, date de l'accomplissement de sa soixante-cinquième année d'âge, il prit place dans la section de réserve de l'état-major général.
L'honorable général eut la satisfaction de voir récompenser ses services par les dignités de sénateur (31 décembre 1852) et de grand-croix de la Légion d'Honneur (31 décembre 1857). Il avait été nommé commandeur le 18 avril 1834, grand-officier le 23 mars 1851, et avait reçu les grandes décorations des ordres de Saint-Grégoire-le-Grand, de la Couronne de fer d'Autriche, de Saint-Georges de la Réunion des Deux-Siciles, etc.

Entre temps, le couple et leur fille, revenus s'installer dans la ville natale du Baron achetèrent en 1857 une très belle demeure au 9 rue du Pont Saint Côme en l'ïle du Fort, la propriété des parents du Baron étant occupée par son frère Philippe. Cet ancien Hôtel particulier dont les titres de propriété se perdent dans la nuit des temps, sera sa dernière demeure à Meulan bien qu'il n'y décèdera pas.

 
Entrée de la Maison du Général Létang.
(avec l'aimable autorisation de M. Raymond, actuel propriétaire)
 
Une fois passée la cour, on arrive dans le jardin d'où l'on découvre cette magnifique demeure

 

Plaque apposée devant l'antrée de la maison
Appliquée par les soins de l'Association des Amis du Fort
 
Portrait du général Létang

 

 
Escalier d'époque

La magnifique colonie méditerranéenne que la France doit au courage persévérant et à l'infatigable dévouement de son armée était l'objet constant des préoccupations du général Létang. Il a traduit ses pensées sur ce sujet dans deux publications faites en 1840 et en 1843, sous les titres : Des moyens d'assurer la domination française en Algérie ; résumé du système de M. le général Létang sur l'Algérie - Il avait donné vers la même époque un travail intitulé : De la cavalerie française, et de la nécessité de lui adjoindre des irréguliers en temps de guerre. Enfin, il laisse un ouvrage inédit sur la cavalerie, dont un seul chapitre (De la nécessité d'alléger la charge du cheval de troupe) a été publié en 1841.
Une ordonnance du 3 juillet 1824 avait concédé au général Létang le titre de baron et des armoiries portant :
" de sable à un cheval cabré d'argent, la jambe dextre appuyée sur trois lances d'or en faisceau, les pointes en bas ; au chef d'or chargé d'un anneau de sable. "
Les dignités dont l'honorable général était revêtu avaient couronné une carrière consacrée toute entière au service du pays, carrière vaillamment et noblement remplie. Commencée dans les grandes guerres de l'Empire avec un éclat exceptionnel, poursuivie avec de vifs éclairs dans les glorieuses luttes de la conquête de l'Algérie, cette belle vie militaire s'est terminée dans le rayonnement des plus hautes distinctions sociales.
 
Le Baron et la Baronne Létang et leur fille vont vivre heureux dans cette demeure au charme désuet et, comme il ne peut rester inactif, Georges Nicolas occupera ses vieux jours en devenant Conseiller municipal tout comme son jeune frère Philippe Eléonor né en 1804 l'était déjà et qui se retirera lui de la vie municipale lors des élections des 29 juillet et 5 août 1855 laissant la place à son baron de frère devenu Sénateur des Yvelines et pressenti pour une belle carrière municipale à Meulan.
 
En fait, Georges Nicolas sera élu par cent trente huit voix et siègera à la Mairie peu de fois en réalité, investi d'une mission diplomatique hautement plus pressante en Autriche dès 1856 et retenu par ailleurs bien trop souvent au Sénat.
La dernière séance à laquelle il assistera est celle du 18 août 1861, date à laquelle il tombe gravement malade pour ne plus jamais véritablement se relever.

Il meurt à Ath dans la province de Hainaut au cours d'un ultime voyage avec son épouse. C'était le 10 septembre 1864, le dernier jour de la vie de cet homme haut en couleurs.Conformément à la volonté qu'il en avait exprimée, sa dépouille mortelle a été inhumée, le 15 du même mois, à Meulan (Seine et Oise), lieu de sa naissance, par les soins de madame la baronne Létang, sa veuve.

De son vivant, il avait formulé le vœu de voir se créer à Meulan - sur le modèle de son Empereur en 1804 - un prix de Vertu où devait être choisie parmi les jeunes filles les plus méritantes de la ville, une Rosière qui serait dotée, tout comme l'avait prévu Napoléon Bonaparte au préalable et, ce qui avait déjà permis à la demoiselle Julie Gilbert née en 1780 à Meulan, d'être la toute première des Rosières de la ville avant la Lettre et lui avait permis en outre de se marier grâce à cette dotation !

 
Photo de Madeleine Arnold Testard. On devine le nom de Létang écrit en cursives.
 
   
Photos avant et arrière prises par le rédacteur du site au cimetière de Meulan

La mort empêchera le Baron d'exaucer ce vœu mais son épouse reprit le flambeau et mit tout en œuvre pour réaliser les dernières volontés de son cher époux, volontés qu'il avait d'ailleurs mis noir sur blanc dans son testament. Elle fit établir par Monsieur Lecomte, Notaire en l'île du Fort, un contrat de Donation qui ne sera finalement signé qu'en 1867 mais, la première d'une longue lignée de Rosières était née l'année précédente : en effet la jeune Léonie Guédeville devait, cette année là, ouvrir la route à une longue, très longue liste de jeunes personnes méritantes alternativement choisies en l'île du Fort, et en centre ville et qui ne cesseront de faire les beaux jours de Meulan à la date anniversaire de naissance du Baron, jusqu'à la 128ème qui fut la dernière en l'année 2000 du vingtième siècle qui devait clore ce bel et désuet ordonnancement. Meulan venait de perdre une tradition qui enchantait pourtant ses habitants.

Voir la Rosière du Général Létang

H. HENNET (Extrait du Moniteur de l'Armée, 16 octobre 1864)
et Madeleine ARNOLD TETART (Extrait de " L'île du Fort de Meulan " 2006 Editions M.A.T.)
 
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